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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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MOLIERE.

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lorsquà propos de lAvare il déclare préférer (comme aussi le pensaitMénage) les pièces en prose de Molière à celles qui sont en vers, lors-quil parle de cette multitude de métaphores qui, suivant lui, approchentdu galimatias, Fénèlon, poète élégant en prose, nentend rien, il fautle dire, à cette riche manière de poésie, qui nest pas plus celle de Virgileet de Térence quen peinture la manière de Rubens nest celle deRaphaël. Roileau, tout artiste sobre quil était et dans un autre procédéque Molière, lui rendait haute justice-dessus; il le reprenait sansdoute quelquefois et aurait voulu épurer maint détail, comme on le voitpar exemple en cette correction qui a été conservée de deux vers desFemmes savantes. Molière avait mis dabord :

Quand sur une personne on prétend sajuster,

Cest par les beaux côtés quil la faut imiter.

« M. Despréaux, dit Cizeron-Rival daprès Brossette, trouva du jargondans ces deux vers et les rétablit de cette façon :

Quand sur une personne on prétend se régler,

Cest par ses beaux endroits quil lui faut ressembler. »

Mais, jargon ou non, il était le premier à proclamer Molière maître danslart de frapper les bons vers, et il naurait pas admis le jugement partrop cUgoûtè de Fénelon. Rien détonnant, au reste, que cette fineet mystique nature de Fénelon, dans sa blanche robe de lin, dans sasimple tunique, un peu longue, un peu tramante (en fait de style), naitpas entendu ces admirables plis mouvants, étoffés, du manteau du grandcomique. Ce qui est ubéreux, surtout la gaieté, répugne singulièrementaux natures délicates et rêveuses. En dépit de ces juges difficiles, commesatire dialoguée en vers, les Fâcheux sont un chef-dœuvre.

Durant les quatorze années qui suivirent son installation à Paris,et jusquà lheure de sa mort, en 1673, Molière ne cessa de produire.Pour le roi, pour la cour et les fêtes de commande, pour le plaisir dugros public et les intérêts de sa troupe, pour sa propre gloire et lasérieuse postérité, Molière se multiplie et suffit à tout. Rien de méticu-leux en lui et qui sente lauteur de cabinet. Vrai poète de drame, ses