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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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MOLIÈRE.

« mon secours tout ce qui pouvoit contribuer à ma consolation. Je la con-c. sidérai comme une personne de qui tout le mérite étoitdans 1 innocence« et qui par cette raison nen conservoit plus depuis son infidélité. Je pris« dès lors la résolution de vivre avec elle comme un honnête homme qui« a une femme coquette, et qui est bien persuadé, quoi quon puisse dire,« que sa réputation ne dépend point de la mauvaise conduite de son épouse ;« mais jeus le chagrin de voir quune personne sans beauté, qui doit le'« peu desprit quon lui trouve à léducation que je lui ai donnée, détrui-« soit en un moment toute ma philosophie. Sa présence me fit oublier« mes résolutions, et les premières paroles quelle me dit pour sa défensea me laissèrent si convaincu que mes soupçons étoientmal fondés, que jea lui demandai pardon davoir été si crédule. Cependant mes bontés ne« lont point changée. Je me suis donc déterminé de vivre avec elle comme« si ellenétoitpas ma femme; mais, si vous saviez ce que je souffre, vous« auriez pitié de moi. Ma passion est venue à tel point quelle va jusquàa entrer avec compassion dans ses intérêts. Et quand je considère combien« il mest impossible de vaincre ce que je sens pour elle, je me dis en« même temps quelle a peut-être une même difficulté à détruire le pen-« chant quelle a dêtre coquette, et je me trouve plus dans la disposition« de laplaindre que de la blâmer. Vous me direz sans doute quil faut être« poète pour aimer de cette manière ; mais, pour moi, je crois quil ny« a quune sorte damour, et que les gens qui nont point senti de sembla-it blés délicatesses nont jamais aimé véritablement. Toutes les choses du« monde ont du rapport avec elle dans mon cœur. Mon idée en est si fort« occupée que je ne sais rien en son absence qui puisse men divertir.« Quand je la vois, une émotion et des transports quon peut sentir, mais« quon ne sauroit dire, môtent lusage de la réflexion: je nai plus dyeux« pour ses défauts. Il meri reste seulement pour tout ce quelle a daima-« ble 1 . Nest-ce pas le dernier point de folie, et nadmirez-vous pas« que tout ce jai de raison ne sert quà me faire connoître ma foiblesse,

1. Les mômes sentiments se retrouvent exprimes par des termes presque semblablesdans la bouche dAlceste :

Mais avec tout cela, quoi que je puisse faire,

Je confesse mon foible, elle a lart de me plaire;Jai beau voir ses défauts et jai beau len blâmer,En dépit quon en ait, elle se fait aimer.