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LA FONTAINE.
Nous n’avons pas l’intention de suivre plus longtemps la vie denotre poëte. Qu’il nous suffise d’avoir rappelé que, durant les vingt ansécoulés depuis l’aventure de l’ode jusqu’à la publication de Joconde( 1662 ), il ne cessa de cultiver son art; qu’il composa, dans le genre etsur le ton à la mode, un grand nombre de vers dont très-peu nous sontrestés, et que s’il y porta depuis 166 h, c’est-à-dire depuis les débutsde Boileau et de Bacine, plus de goût, de correction, de maturité, etparut adopter comme une seconde manière, il garda toujours assez dela première pour qu’on reconnût en lui le commensal du vieux Colletet,le disciple de Voiture et l’ami de Saint-Évremond. Ce n’est pas seule-ment à la physionomie de son style qu’on s’en aperçoit : le choix peuscrupuleux de ses sujets, et, encore plus, le déréglement absolu de savie, se ressentaient des habitudes de la bonne Régence; le favori deFouquet avait longtemps vécu au milieu des scandales de Saint-Mandé ;il les avait célébrés, partagés, et était resté fidèle aux mœurs autantqu’à la mémoire à’Oronte. Louis XIV du moins, même avant sa réforme,voulait qu’on mît dans le désordre plus de mesure et de décorum. Cescirconstances réunies nous semblent propres à expliquer la défaveur deLa Fontaine à la cour, et l’injustice dont on accuse l’auteur de l’Artpoétique de s’être rendu coupable envers lui.
A ne les considérer que sous le côté littéraire, il est permis desoupçonner que Boileau et La Fontaine n’avaient peut-être pas tout cequ’il fallait pour s’apprécier complètement l’un l’autre; ils représen-taient, en quelque sorte, deux systèmes différents, sinon opposés, delangue et de poésie. Un long parallèle entre eux serait superflu. Onconnaît assez les principes et les préceptes de notre législateur litté-raire. Son ami, trop humble pour se croire son rival, en continuant decheminer dans les voies tracées, se contentait d’être le dernier et leplus parfait de nos vieux poètes. C’était, il est vrai, un vieux poëteunique en son genre, et par mille endroits ne ressemblant à nul autre,ni h maître Vincent, ni h maître Clément, ni à maître François; unvieux poëte, adorateur de Platon, fou de Machiavel, entêté de Boccace,qui chérissait Homère et l’Àrioste, oubliait de dîner pour Tite-Live, goû-tait Térence en profitant de Tabarin, qu’une ode de Malherbe transpor-tait presque à l’égal de Peau d’Ane, et dont l’admiration vive et mobile,comme celle d’un enfant, embrassait toutes les beautés, s’ouvrait à tou-