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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOILEAU.

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le dirons-nous? chose étrange, inouïe! pendant ce long séjour auxchamps, en proie aux infirmités du corps qui, laissant l’âme entière, ladisposent à la tristesse et à la rêverie, pas un mot de conversation,pas une ligne de correspondance, pas un vers qui trahisse chezBoileau une émotion tendre, un sentiment naïf et vrai de la nature et dela campagne L Non, il n’est pas indispensable, pour provoquer en nouscette vive et profonde intelligence des choses naturelles, de s’en allerbien loin, au delà des mers, parcourant les contrées aimées du soleil etla patrie des citronniers, se balançant tout le soir dans une gondole, àVenise ou à Baïa, aux pieds d’une Elvire ou d’une Guiccioli. Non, bienmoins suffit: voyez Horace, comme il s’accommode, pour rêver, d’unpetit champ, d’une petite source d’eau vive et d’un peu de bois audessus, et paulùm sylvæ super his foret; voyez La Fontaine, comme ilaime s’asseoir et s’oublier de longues heures sous un chêne; comme ilentend à merveille les bois, les eaux, les prés, les garennes et les lapinsbroutant le thym et la rosée, les fermes avec leurs fumées, leurs colom-biers et leurs basses-cours! Et le bon Ducis, qui demeura lui-même àAuteuil, comme il aime aussi et comme il peint les petits fonds riants et lesrevers de coteaux ! « J’ai fait une lieue ce matin, écrit-il à l’un de ses amis,dans les plaines de bruyères, et quelquefois entre des buissons qui sontcouverts de fleurs et qui chantent. » Rien de tout cela chez Boileau.Que fait-il donc à Auteuil ? Il y soigne sa santé, il y traite ses amisRapin, Bourdaloue, Bouhours; il y joue aux quilles ; il y cause, aprèsboire, nouvelles de cour, Académie, abbé Colin, Charpentier ou Perrault,

1. Afin d’être juste, il ne faut pourtant pas oublier que quelques années auparavant(1677), dans l’Épître à M. de Lamoignon, le poëte avait fait une description charmante de lacampagne d’Hautile près La Roche-Guyon, où il était allé passer l’été chez son neveu Dongois.Il y peignait, en homme qui en sait jouir, les fraîches délices des champs, les divers détails dupaysage ; c’est là qu’il est question de saules non plantés,

Et de noyers souvent du passant insultés.

Mais ces accidents champêtres, et toujours et avant tout ingénieux, sont rares chez Boileau, etils le devinrent de plus en plus avec l’âge. — Puisque nous en sommes à ce détail, ne laissonspas de remarquer encore que la fontaine Polycrène, dont il est question dans la même épîtreet qui arrose la vallée de Saint-Chéron, près de Bâville, fontaine chantée en latin par tous lesdoctes et les beaux-esprits du temps, Rapin, Huet, etc., est restée connue dans le pays sous lenom de fontaine de Boileau. Le beau bouquet d’arbres qui en couronnait le bassin a étéabattu il y a peu d’années. Était-ce un présage? (Voir ci-après l’épltre en vers sur ce sujet.)