BOILEAU.
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statues de Racine et de Boileau, l’auteur, pour toute réponse, a droitmaintenant de faire remarquer qu’en écrivant les Larmes de Racine etla Fontaine de Boileau , il a témoigné, très-incomplétement sans doute,de son admiration sincère pour ces deux poètes, mais qu’en cela mêmeil a donné bien autant de gages peut-être que ne l’ont fait certains deses accusateurs.
LA FONTAINE DE BOILEAU 1
ÉPÎTRE
A MADAME LA COMTESSE MOLÉ
Dans les jours d’autrefois qui n’a chanté Bâville?
Quand septembre apparu délivrait de la villeLe grave Parlement assis depuis dix mois,
Bâville se peuplait des hôtes de son choix.
Et, pour mieux animer son illustre retraite,
Lamoignon conviait et savant et poëte.
Guy-Patin accourait, et d’un éclat soudain,
Faisait rire l’écho jusqu’au bout du jardin,
Soit que, du vieux Sénat l’àme tout occupée,
Il poignardât César en proclamant Pompée,
Soit que de l’antimoine il contât quelque tour.
Huet, d’un ton discret et plus fait à la cour,
Sans zèle et passion causait de toute chose,
Des enfants de Japhet, ou même d’une rose.
Déjà plein du sujet qu’il allait méditant,
Rapin 2 vantait le parc et célébrait l’étang.
Mais voici Despréaux, amenant sur ses tracesL’agrément sérieux, l’à-propos et les grâces.
O toi dont, un seul jour, j’osai nier la loi,
Yeux-tu bien, Despréaux, que je parle de toi,
Que j’en parle avec goût, avec respect suprême,
Et comme t’ayant vu dans ce cadre qui t’aime !
1. Il est indispensable, en lisant la pièce qui suit, d’avoir présente à la mémoire l’épître vide Boileau à M. de Lamoignon, dans laquelle il parle de Bâville et de la vie qu’on y mène.
2. Auteur du poëme latin des Jardins : voir au livre III un morceau sur Bâville, et deuxodes latines du môme. Voir aussi Huet, Poésies latines et Mémoires.