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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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RACINE.

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nétait point assez honnête homme; les autres, quil ne méritait pointsa perte; les uns quAlexandre nétait point assez amoureux; les autres,quil ne venait sur la scène que pour parler damour. Lorsque parutAndromaque , on reprocha à Pyrrhus un reste de férocité; on lauraitvoulu plus poli, plus galant, plus achevé. Cétait une consé-quence du système de Corneille, qui faisait ses héros tout dunepièce, bons ou mauvais de pied en cap ; à quoi Racine répon-dait fort judicieusement : « Aristote, bien éloigné de nous demander deshéros parfaits, veut au contraire que les personnages tragiques, cest-à-dire ceux dont le malheur fait la catastrophe de la tragédie, ne soientni tout à fait bons ni tout à fait méchants. Il ne veut pas quils soientextrêmement bons, parce que la punition dun homme de bien exciteroitplus lindignation que la pitié du spectateur, ni quils soient méchantsavec excès, parce quon na point pitié dun scélérat. Il faut donc quilsaient une bonté médiocre, cest-à-dire une vertu capable de foiblesse,et quils tombent dans le malheur par quelque faute qui les fasse plaindresans les faire détester. » Jinsiste sur ce point, parce que la grande inno-vation de Racine et sa plus incontestable originalité dramatique consis-tent précisément dans cette réduction des personnages héroïques à desproportions plus humaines, plus naturelles, et dans cette analyse délicatedes plus secrètes nuances du sentiment et de la passion. Ce qui distingueRacine, avant tout, dans la composition du style comme dans celle dudrame, cest la suite logique, la liaison ininterrompue des idées et dessentiments ; cest que chez lui tout est rempli sans vide et motivé sansréplique, et que jamais il ny a lieu dêtre surpris de ces changementsbrusques, de ces retours sans intermédiaire, de ces volte-faces subites,dont Corneille a fait souvent abus dans le jeu de ses caractères et dansla marche de ses drames. Nous sommes pourtant loin de reconnaîtreque, même en ceci, tout lavantage au théâtre soit du côté de Racine ;mais, lorsquil parut, toute la nouveauté était pour lui, et la nouveautéla mieux accommodée au goût dune cour se mêlaient tant de fai-blesses, rien ne brillait quen nuances, et dont, pour tout dire, lachronique amoureuse, ouverte par une La Yallière, devait se clore parune Maintenon. Il resterait toujours à savoir si ce procédé attentif etcurieux, employé à lexclusion de tout autre, est dramatique dans le sensabsolu du mot; et pour notre part nous ne le croyons pas; mais il suffi-