RACINE.
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la justifieront si, dans ces termes généraux, elle semblait un peu témé-- raire. Il s’agit du premier crime de Néron, de celui par lequel il échapped’abord à l’autorité de sa mère et de ses gouverneurs. Dans Tacite,Britannicus est un jeune homme de quatorze à quinze ans, doux, spiri-tuel et triste. Un jour, au milieu d’un festin, Néron ivre, pour le rendreridicule, le força de chanter; Britannicus se mit à chanter une chanson,dans laquelle il était fait allusion à sa propre destinée si précaire et àl’héritage paternel dont on l’avait dépouillé; et, au lieu de rire et de semoquer, les convives émus, moins dissimulés qu’à l’ordinaire, parcequ’ils étaient ivres, avaient marqué hautement leur compassion. PourNéron, tout pur de sang qu’il est encore, son naturel féroce grondedepuis longtemps en son âme et n’épie que l’occasion de se déchaîner ;il a déjà essayé d’un poison lent contre Britannicus. La débauche l’asaisi : il est soupçonné d’avoir souillé l’adolescence de sa future victime ;il néglige son épouse Octavie pour la courtisane Acté. Sénèque a prêtéson ministère à cette honteuse intrigue ; Agrippine s’est révoltée d’abord,puis a fini par embrasser son fils et par lui offrir sa maison pour lesrendez-vous. Agrippine, mère, petite-fille, sœur, nièce et veuve d’em-pereurs, homicide, incestueuse, prostituée à des affranchis, n’a d’autrecrainte que de voir son fils lui échapper avec le pouvoir. Telle est lasituation d’esprit des trois personnages principaux au moment où Bacinecommence sa pièce. Qu’a-t-il fait? Il est allé d’abord au plus simple, ila trié ses acteurs ; Burrhus Ta dispensé de Sénèque, et Narcisse de Pallas.Othon et Sénécion , jeunes voluptueux qui perdent le prince, sont à peinenommés dans un endroit. Il rapporte dans sa préface un mot sanglantde Tacite sur Agrippine : Quæ , cunctis malæ dominationis cupidinibusfla.gr anS) habebat in parlibus Pallantem , et il ajoute : « Je ne dis quece mot d’Agrippine, car il y auroit trop de choses à en dire. C’est elle queje me suis surtout efforcé de bien exprimer, et ma tragédie n’est pasmoins la disgrâce d’Agrippine que la mort de Britannicus. » Et malgréce dessein formel de l’auteur, le caractère d’Agrippine n’est expriméqu’imparfaitement : comme il fallait intéresser à sa disgrâce, ses plusodieux vices sont rejetés dans l’ombre ; elle devient un personnage peuréel, vague, inexpliqué, une manière de mère tendre et jalouse; il n’estplus guère question de ses adultères et de ses meurtres qu’en allusion,à l’usage de ceux qui ont lu l’histoire dans Tacite. Enfin, à la place