BOSSUET.
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prescrit des bornes aux flots de la mer, a marqué la hauteur jusqu’oùelle a résolu de laisser monter tes iniquités. » On croirait lire un pas->sage du livre des Pensées.
J’ai encore beaucoup à dire sur cette première époque de Bossuet,tant à Metz qu’à Paris. Comment était-il de sa personne dans sa jeunesseà l’âge où il prononçait ces discours, déjà si puissants, avec une auto-rité précoce qui rayonnait cl’une inspiration visible et qui s’embellissait,pour ainsi dire, d’un reste de naïveté? M. de Bausset se l’est demandeet y a répondu autant qu’il l’a pu en des termes bien généraux : « Lanature, dit-il, l’avait doué de la figure la plus noble; le feu de sonesprit brillait dans ses regards; les traits de son génie perçaient danstous ses discours. Il suiïit de considérer le portrait de Bossuet, peintclans sa vieillesse par le célèbre Rigaud, pour se faire une idée de cequ’il avait dû être dans sa jeunesse. » Il cite un peu plus loin le témoi-gnage de l’abbé Ledieu, qui rapporte « que le regard de Bossuet étaitdoux et perçant; que sa voix paraissait toujours sortir d’une âme pas-sionnée ; que ses gestes dans l’action oratoire étaient modestes, tran-quilles et naturels ». Ces peintures un peu molles et à la Dagues-seau n’ont pas suffi, on le conçoit, à M. de Lamartine, qui, avec cetteseconde vue qui est accordée aux poètes, a su apercevoir distinctementBossuet jeune, adolescent, Bossuet à l’âge d’Éliacin, avant même qu’ileût abordé la chaire et quand il montait seulement les degrés del’autel :
« Il n’avait pas encore neuf ans, nous dit l’auteur de Jocelyn parlant de Bossuet,qu’on lui coupa les cheveux en couronne au sommet de la tète... A treize ans on lenomma chanoine de Metz... Cette tonsure et ce vêtement seyaient à sa physionomiecomme à son maintien. On reconnaissait le lévite dans l’adolescent. Sa taille, quidevait grandir beaucoup encore, était élevée pour son âge; elle avait la délicatesse etla souplesse de l’homme qui n’est pas destiné à porter d’autre fardeau que la pensée;qui se glisse avec recueillement, à pas muets, entre les colonnes des basiliques, etque la génuflexion et le prosternement habituel assouplissent sous la majesté de Dieu.Ses cheveux, de teinte brune, étaient soyeux; un épi involontaire en relevait ausommet du front une ou deux boucles comme le diadème de Moïse ou comme lescornes du bélier prophétique; ces cheveux ainsi plantés, dont on retrouve le mou-vement jusque dans ses portraits d’un âge avancé, donnaient du ve„tet de l’inspi-ration a sa chevelure. Ses yeux étaient noirs, pénétrants, mais doux. Son regard étaitune lueur continue et sereine : la lumière ne jaillissait point par éclairs, elle encmhit par un rayonnement q ù attirait l’œil sans Véblouir. Son front élevé et