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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOSSUET.

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jour quil avait à parler, et le plus souvent sans rien écrire davantage, pour nese pas distraire, parce que son imagination allait bien plus vite que naurait faitsa main.

« Maître de toutes les pensées présentes à son esprit, il fixait dans sa mémoirejusquaux expressions dont il voulait se servir, puis, se recueillant laprès-dînée, ilrepassait son discours dans sa tète, le lisant des yeux de lesprit, comme sil eût étésur le papier; y changeant, ajoutant et retranchant comme lon fait la plume à la main.Enfin, monté en chaire, et dans la prononciation, il suivait limpression de sa parolesur son auditoire, et soudain, effaçant volontairement de son esprit ce quil avaitmédité, attaché à sa pensée présente, il poussait le mouvement par lequel il voyait surle visage les cœurs ébranlés ou attendris. »

Telle était Y improvisation méditée d Bossuet tira ses premiersmiracles et à laquelle il resta fidèle dans tout le cours de ses homéliespastorales. Bossuet, à la différence de Bourdaloue ou de Massillon, nadonc jamais répété ni le même Carême ni le même Avent; il se renou-velait sans cesse, il sappropriait sans relâche; il était incapable demonotonie, duniformité, même en parlant de ce qui ne varie pas; ilvoulait dans ses instructions les plus régulières une fraîcheur de vietoujours présente, toujours sensible; rien du métier; il voulait laction,lémotion toute sincère ; il fallait que toute son âme, son imagination,émues de lEsprit den haut, y trouvassent leur place et à se répandrechaque fois; il ne pouvait souffrir dans lorateur sacré que toutes, sesparoles et ses mouvements fussent à lavance réglés et fixés; ce nétaitplus verser la source deau vive.

Chose remarquable! même quand il composait les oraisons funè-bres « il entre beaucoup de narratifs à quoi il ny a rien à changer »,ou des discours de doctrine dans lesquels lexposition du dogme doitêtre nette et précise, « il écrivait tout, nous dit Le Dieu, sur un papierà deux colonnes, avec plusieurs expressions différentes des grands mou-vements, mises lune à côté de lautre, dont il se réservait le choix dansla chaleur de la prononciation, pour se conserver, disait-il, la libertéde laction en sabandonnant à son mouvement sur ses auditeurs et tour-nant à leur profit les applaudissements mêmes quil en recevait. »

Ainsi Bossuet, quand il était obligé décrire à lavance, se réservaitdu moins la chance dune expression double; il gardait toujours une oudeux voiles libres, ouvertes, pour le vent soudain du moment. Cest dela sorte que dans sa bouche le récité même gardait du mouvement et