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BOSSUET.
titre, sauf (quand il est nommé) à dire partout de M. de Meaux : « C’estmon président. » Bientôt l’archevêque de Paris, Noailles, est promu aucardinalat et devient le président titulaire à son tour. Si le public avaitnommé, c’eût été Bossuet qui eût été proclamé cardinal tout d’une voix.Chacun le dit, mais lui ne vise qu’au principal, au triomphe de la doc-trine; il conseille et inspire M. de Noailles comme il avait fait pour LeTellier : « 11 va droit au bien en tout et partout, sans écouter les dégoûtsqu’il peut avoir, ni se laisser arrêter par les difficultés qui se présentent. »
Il a besoin d’agir directement auprès de M me de Maintenon pourobtenir d’elle et de son influence sur le roi que le père de La Chaise nesoit point écouté ; car il s’agit de condamner des doctrines chères auxamis et confrères du père de La Chaise. M me de Maintenon appuie Bos-suet, et s’honore en l’appuyant; l’accord entre eux est parfait; leursdeux bons sens font alliance et se soutiennent.
On est d’avis à l’assemblée d’exclure le second Ordre, c’est-à-direles abbés, dans les délibérations concernant la foi et la morale, de neleur laisser que la voix consultative et non la voix délibérative et levote : de là grande rumeur. Ce second Ordre, en partie composéd’abbés de qualité, des Louvois, des Caumartin, des Pomponne, serécrie et est près de s’insurger contre les évêques. Un neveu de Bossuet,l’abbé Bossuet, plus tard évêque de Troyes, et qui n’était pas digne entout de son oncle, est des plus vifs à résister, à protester, et à vouloirorganiser le parti des mécontents. Il faut que Bossuet le lui défende, etlui impose plus de modération et de retenue, sans l’obtenir jamais qu’àdemi. Tout ce second Ordre, au reste, reconnaissait volontiers Bossuetpour son chef et son oracle, et, pour peu qu’il eût fait un signe, lui eût.servi d’armée et de cortège.
Ainsi ayant affaire à la morgue des uns, à la mauvaise humeur et àla pétulance des autres, ayant à compter avec la politique des prélats,avec le formalisme des docteurs, Bossuet, sans amour-propre, sansimpatience, poursuit son dessein, fait toutes les concessions néces-saires,écarte et tourne les obstacles, et n’a de cesse qu’il n’ait obtenula condamnation des 127 propositions tant molinistes que jansénistes,maintenant par là l’Église de France dans la voie qui lui semble cellede la rectitude et du sage milieu.
Mais on dira : A cette date de 1700, à ce seuil du xvm e siècle,