BOSSUET.
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« Vendredi et samedi (19 et 20 octobre 4703), promenade aux Tuileries, et lereste comme ces jours passés ; mais, en montant et descendant les terrasses des Tui-leries, il nous disait qu’il éprouvait ses forces par les pentes douces, afin de s’accou-tumer à monter et à descendre, pour se mettre en état d’aller chez le roi. Ainsi voilàle prélat tout résolu d’aller à Versailles, et même lorsqu’il se sent à peine ferme surses jambes. Dieu soit loué de toutes choses, et qu’il lui plaise de donner un bonconseil à un homme si sage ! »
Cette idée de Versailles n’est point particulière alors à Bossuet, elleest celle de tout le siècle. L’escalier de Versailles! Racine est mort peut-être de n’avoir plus l’espérance de le monter; Bossuet en garde jusqu’àla fin la vision dorée et la perspective.
Bossuet tient à ce qu’on sache en haut lieu qu’il n’est pas si déses-péré de santé qu’on l’a dit. Dans une visite qu’il fait au père deLa Chaise chez les jésuites de la rue Sain b-Antoine, il demande à voirles principaux et les plus célèbres delà maison; mais les pères Bourda-loue, de La Rue, Gaillard, sont absents :
« Le père Gravé, confesseur de M me la duche?se de Bourgogne, s’est trouvé seul,et M. de Meaux l’a vu, et chez le père de La Chaise, et encore dans la salle où il s’estpromené avec lui près d’une demi-heure et sans bâton, donnant cette marque doforce et de courage, afin que le père Gravé en portât la nouvelle à Versailles commeil l’cn priait. »
Ce ne sont point de ces détails qui nous déplaisent chez Le Dieu,pas plus que ceux qu’il donne sur la faiblesse tout humaine et plus tou-chante de Bossuet, sur son désir de guérir ou du moins de continuer devivre, même avec ses maux. Pour être grand homme, on n’en est«pasmoins homme. Bossuet donne raison à Mécène et à la fable si connue :Pourvu quen somme je vive...
« Ce dimanche 7 d’octobre 4703, M. de Meaux a paru fort gai, à son réveil,d’avoir bien dormi toute la nuit, et de joie il lui est échappé cette parole : « Je vois« bien que Dieu veut me conserver. » 11 a ensuite entendu la messe dans sa chapelleet s’est encore recouché jusqu’à son dîner. Je lui ai lu le quinzième chapitre de l’Évan-gile de saint Jean, où il a pris un grand goût, disant : « Voilà toute ma consolation. »Puis ajoutant : « Il faut bien remercier Dieu de ce qu’il nous a donné une telle conso-« lation dans nos maux, sans laquelle on y succomberait. » Il s’est promené environune heure, puis on a continué la lecture des voyages, et le soir il y a eu symphonie. »