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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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FÉNELON.

âgé de vingt-neuf ans; et toutes les espérances, toutes les tendresses,oserons-nous dire les ambitions secrètes, du prélat, s’évanouissent. Onvoit trace de sa douleur profonde jusque dans cette correspondancebadine; mais que les paroles sont simples, vraies, et quelles rejettentbien loin toute maligne pensée! Apprenant la mort de la princesse, quiprécéda de si peu celle de son élève, Fénelon écrivait à Destouches(18 février) :

« Les tristes nouvelles qui nous sont venues du pays où vous êtes, Monsieur,m’ôtent toute la joie qui était l'âme de notre commerce : Quis desiderio sit pudor...Véritablement la perte est très-grande pour la Cour et pour le royaume. On disait dela princesse mille biens qui croissaient tous les jours. On. doit être fort en peine deceux qui la regrettent avec une si juste douleur. ( Quelle manière délicate d’indiquerses craintes au sujet du duc de Bourgogne !) Vous voyez combien la vie est fragile.Quatre jours; ils ne sont pas sûrsl Chacun fait l’entendu, comme s’il était immortel;le monde n’est qu’une cohue de gens vivants, faibles, faux et prêts à pourrir, la pluséclatante fortune n’est qu’un songe flatteur. »

Ce ne sont pas là les grands accents, les larges coups d’aile de Bos-suet, du haut de la chaire, s’écriant : Madame se meurt! Madame estmortel Mais, avec moins d’éclat et de tonnerre, cela n’est-il pas aussiéloquent et aussi pénétrant?

En apprenant la mort du duc de Bourgogne, Fénelon n’a qu’uneparole; elle est brève et sentie, elle est ce qu’elle doit être : « Je souffre,Dieu le sait; mais je ne suis point tombé malade, et c’est beaucoup pourmoi. Votre cœur, qui se fait sentir au mien, le soulage. J’aurais étévivement peiné de vous voir ici; songez à votre mauvaise santé ; il mesemble que tout ce que j'aime va mourir. » Ecrire ainsi au chevalier Des-touches dans une telle douleur, c’était le placer bien haut.

Le contre-coup mondain de cette perte cruelle se fait vite sentir àFénelon. La veille il était l’homme du règne futur et des prochainesespérances; aujourd’hui il n’est plus rien, son rêve a croulé, et s’il pou-vait l’oublier un seul instant, le monde est là aussitôt pour le lui dire.Un homme considérable, ami de Destouches, avait offert sa fille à l’undes neveux de Fénelon; le lendemain de la mort du duc de Bourgogne,cet homme se dédit et retire sa promesse. Fénelon ne s’en étonne point ;il ne blâme point ce père si attentif au solide établissement de sa fille;il le loue et le remercie même de la netteté de son procédé :