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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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FÉNELON.

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il touche cette corde délicate, Fénelon fait sans cesse résonner le mêmeson: soutenir, redresser, élargir le cœur du jeune prince; il lui vou-drait et il demande pour lui au ciel un cœur large comme la mer. Il estnécessaire que dès à présent il s’accoutume à son rôle nyal, « en secorrigeant, en prenant beaucoup sur lui, en s’accommodant aux hommespour les connaître, pour les ménager, pour savoir les mettre en œuvre ».On a beau lui en dire du bien, il ne sera content que lorsqu’il le sauralibre, ferme et en possession de parler (même au roi) avec une forcedouce et respectueuse... S’il ne sent pas le besoin de devenir ferme etnerveux, il ne fera aucun véritable progrès ; il est temps d’êtrehomme. »

Fénelon, qu’on a pu accuser avec raison d’être quelquefois chimé-rique, et qui a eu un coin de poésie et d’idéal que, dans sa jeunesse dumoins, il transportait volontiers dans les choses humaines, se gardetout à fait de ce penchant lorsqu’il juge et qu’il exhorte le duc de Bour-gogne. Il sent, avec tout son esprit et toute sa distinction de nature,quelles sont les qualités nécessaires à un roi, à un chef de nation, à undes maîtres du monde. Il voudrait donc au plus tôt que son élève n’eûtplus rien de l’élève ni de l’écolier; il voudrait, une fois pour toutes, luiinspirer la hardiesse dans l’action, la noblesse dans le procédé et dansla démarche, le génie de la conversation, tout ce qui orne, qui impose,et ce qui donne au pouvoir sa douceur et sa majesté : « Qu’il soit deplus en plus petit sous la main de Dieu, mais grand aux yeux deshommes. C’est à lui à faire aimer, craindre et respecter la vertu jointe àl’autorité. Il est dit de Salomon qu’on le craignait, voyant la sagesse quiétait en lui. » Jusqu’à la fin il se méfie, et il combat dans son élève cequi a été une habitude invétérée jusqu’à l’âge de 28 ans, le trop deraisonnement, le trop de spéculation opposé à l’action, et une certainecomplaisance minutieuse et petite, soit dans le sérieux, soit dans ledélassement : « Les amusements puérils apetissent l’esprit, affaiblissentle cœur, avilissent l’homme, et sont contraires à l’ordre de Dieu. »Fénelon, dans toute cette description morale, ne marchande point surl’expression.

Un jour il apprend que le duc de Bourgogne, parlant moins enprince et en fils de roi qu’en pénitent et en homme qui sort de sonoratoire, a dit que ce que la France souffrait alors, en 1710 (et elle