REGNARD.
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Je me reconnus tout entier dans l’un et dans l’autre de ces états, où l’inconstanceavait plus de part que toute autre chose, sans que l’amour-propre vînt flatter lemoindre trait qui empêchât de me reconnaître dans cette peinture. Je jugeai saine-ment de toutes choses. Je conçus que tout cela était directement opposé à la société (?)de la vie qui consiste uniquement dans le repos, et que cette tranquillité d’âme siheureuse se trouve dans une douce profession qui nous arrête, comme l’ancre fait unvaisseau retenu au milieu de la tempête. »
Regnard esquisse là, dans cette suite de pensées, une véritableépîlre d’Horace, et cette philosophie, si elle n’est pas la plus difficile àinventer, n’est pas pour cela la moins bonne, ni surtout la plus aisée àpratiquer 1 .
Il s’en revient en France après deux années d’absence environ,riche d’observations et mûr. Il était de ceux qui, à cette date, pouvaientse dire des plus éclairés dans le sens moderne ; il avait causé à Dantzigavec l’illustre astronome Hévélius et avait recueilli de sa bouche lesnotions les plus exactes de l’univers physique ; il avait acquis, cheminfaisant, sur les différentes familles de langues et sur leur générationrelative, des idées très-justes aussi et qui n’étaient pas communes en cetemps. Enfin Regnard était un des hommes d’alors qui, dans sa vue dumonde, avait le plus ouvert son compas. Il ne songea plus désormaisqu’à jouir de la vie en sage épicurien ou en cynique mitigé (c’est sonexpression), et à se livrer à ses goûts, où les sens se mêlaient agréable-ment à l’esprit.
Pendant qu’il crayonnait en vers quelques Épîtres ou Satires, etqu’il préludait à son génie comique par quelques farces données à laComédie italienne en collaboration avec Dufresny, Regnard avait à Parisune maison qu’il nous a lui-même décrite ; elle était au bout de la ruede Richelieu, là où est aujourd’hui le faubourg Montmartre, c’est-à-diresituée à peu près dans la campagne, ayant vue sur la butte et sur desmarais. Lui, il n’était guère connu des gens du voisinage que par lesrécits de son valet de chambre, et comme un grand voyageur qui avait
1. Ces réflexions de Regnard retenu par l’orage sur les rochers delà Baltique m’en rappel-lent d’autres deGourville moralisant, assis sur la souche d’un arbre dans les Ardennes (voir autome V des Causeries du Lundi, article Gourville). Ces philosophes au naturel et de la famillede Gil Blasme plaisent, et font diversion à ces autres philosophes métaphysiques et superfinsqui se consument à raisonner sur la cause et la substance, sur le moi et le non-moi.