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ANDRÉ CHÉNIER.
qu’il imite en même temps d’Argentarius. La petite épitaphe qui com-mence par ce vers :
Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde, etc. 1 ,
est traduite (ce qu’on n’a pas dit) de Léonidas de Tarente. En comparantet en suivant cle près ce qu’il rend avec fidélité, ce qu’il élude, ce qu’ilrachète, on voit combien il était pénétré de ces grâces. Ses papiers sontcouverts de projets d’imitations semblables. En lisant une épigramme dePlaton sur Pan qui joue de la flûte, il en remarque le dernier vers où ilest question des Nymphes hydriades $ je ne connaissais pas encore cesnymphes, se dit-il ; et on sent qu’il se propose de ne pas s’en tenir làavec elles. Il copie de sa main une épigramme de Myro la Byzantine,qu’il trouve charmante, adressée aux Nymphes hamadryades par uncertain Cléonyme qui leur dédie des statues dans un lieu planté de pins.Ainsi il va quêtant partout son butin choisi. Tantôt, ce sont deux versd’une petite idylle de Méléagre sur les printemps :
L’alcyon sur les mers, près des toits l’hirondelle,
Le cygne au bord du lac, sous le bois Philomèle;
tantôt, c’est un seul vers de Bion (Epithalame d’Achille et de Déidamie)
Et les baisers secrets et les lits clandestins ;
il les traduit exactement et se promet bien de les enchâsser quelque partun jour 2 . Il guettait de l’œil, comme une tendre proie, les excellentsvers de Denys le géographe, où celui-ci peint les femmes de Lydie dansleurs danses en l’honneur de Bacchus, et les jeunes filles qui sautent etbondissent comme des faons nouvellement allaités ?
... Lacté mero mentes perculsa novellas,
1. Édition de 1833, t. II, page 327.
2. A mesure qu’il en augmente son trésor, il n’est pas toujours sûr de ne pas les avoiremployés déjà : « Je crois, dit-il en un endroit, avoir déjà mis ce vers quelque part, mais jene puis me souvenir où. »