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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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ANDRÉ CHÉNIER.

Le voyageur, passant en tes fraîches campagnes,

Dit 1 : O les beaux oiseaux! ô les belles compagnes!

Il sarrêta longtemps à contempler leurs jeux;

Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux, -Dit : Baisez, baisez-vous, colombes innocentes,

Vos cœurs sont doux et purs, et vos voix caressantes;

Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,

Se plie, et de la neige effacerait léclat. »

Lédition de 1833 (tome II, page 339) donne également cette épi-taphe dun amant ou dun époux, que je reproduis, en y ajoutant leslignes de prose qui éclairent le dessein du poëte :

Mes mânes à Clytie. Adieu Clytie, adieu.

Est-ce toi dont les pas ont visité ce lieu?

Parle, est-ce toi, Clytie, ou dois-je attendre encore?

Ah ! si tu ne viens pas seule ici, chaque aurore,

Rêver au peu de jours jai vécu pour toi,

Voir cette ombre qui taime et parler avec moi,

DÉlysée à mon cœur la paix devient amère,

Et la terre à mes os ne sera plus légère.

Chaque fois quen ces lieux un air frais du matinVient caresser la bouche et voler sur ton sein,

Pleure, pleure, cest moi ; pleure, fille adorée;

Cest mon âme qui fuit sa demeure sacrée,

Et sur ta bouche encore aime à se reposer.

Pleure, ouvre-lui tes bras et rends-lui son baiser.

Entre autres manières dont cela peut être placé, écrit Chénier, en voiciune : Un voyageur, en passant sur un chemin, entend des pleurs et desgémissements. Il savance, il voit au bord dun ruisseau une jeunefemme échevelée, tout en pleurs, assise sur un tombeau, une mainappuyée sur la pierre, lautre sur ses yeux. Elle senfuit à lapproche duvoyageur qui lit sur la tombe cette épitaphe. Alors il prend des fleurs etde jeunes rameaux, et les répand sur cette tombe en disant : O jeuneinfortunée... (quelque chose de tendre et dantique); puis il remonte àcheval, et sen va la tête penchée, et, mélancoliquement, il sen va

Pensant à son épouse et craignant de mourir.

1. Ce voyageur est-il le même que le berger du commencement? ou entre-t-il commepersonnage dans la chanson du berger? Je le croirais plutôt, mais ce nest pas bien clair.