516
ANDRÉ CHÉNIER.
Le voyageur, passant en tes fraîches campagnes,
Dit 1 : O les beaux oiseaux! ô les belles compagnes!
Il s’arrêta longtemps à contempler leurs jeux;
Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux, -Dit : Baisez, baisez-vous, colombes innocentes,
Vos cœurs sont doux et purs, et vos voix caressantes;
Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. »
L’édition de 1833 (tome II, page 339) donne également cette épi-taphe d’un amant ou d’un époux, que je reproduis, en y ajoutant leslignes de prose qui éclairent le dessein du poëte :
Mes mânes à Clytie. — Adieu Clytie, adieu.
Est-ce toi dont les pas ont visité ce lieu?
Parle, est-ce toi, Clytie, ou dois-je attendre encore?
Ah ! si tu ne viens pas seule ici, chaque aurore,
Rêver au peu de jours où j’ai vécu pour toi,
Voir cette ombre qui t’aime et parler avec moi,
D’Élysée à mon cœur la paix devient amère,
Et la terre à mes os ne sera plus légère.
Chaque fois qu’en ces lieux un air frais du matinVient caresser la bouche et voler sur ton sein,
Pleure, pleure, c’est moi ; pleure, fille adorée;
C’est mon âme qui fuit sa demeure sacrée,
Et sur ta bouche encore aime à se reposer.
Pleure, ouvre-lui tes bras et rends-lui son baiser.
Entre autres manières dont cela peut être placé, écrit Chénier, en voiciune : Un voyageur, en passant sur un chemin, entend des pleurs et desgémissements. Il s’avance, il voit au bord d’un ruisseau une jeunefemme échevelée, tout en pleurs, assise sur un tombeau, une mainappuyée sur la pierre, l’autre sur ses yeux. Elle s’enfuit à l’approche duvoyageur qui lit sur la tombe cette épitaphe. Alors il prend des fleurs etde jeunes rameaux, et les répand sur cette tombe en disant : O jeuneinfortunée... (quelque chose de tendre et d’antique); puis il remonte àcheval, et s’en va la tête penchée, et, mélancoliquement, il s’en va
Pensant à son épouse et craignant de mourir.
1. Ce voyageur est-il le même que le berger du commencement? ou entre-t-il commepersonnage dans la chanson du berger? Je le croirais plutôt, mais ce n’est pas bien clair.