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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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LAMARTINE.

peut croire quil enlève encore une fois toute la jeunesse. Il se trom-perait fort, nous en sommes certain, sil se figurait cela ; la séduction nestplus à beaucoup près la même ni sans mélange. Pourtant elle nest pasépuisée encore, et il y a dans cette destinée du poëte, séducteur à la foisdes pères et des fils, sur un même thème damour, quelque chose quirappelle véritablement la destinée de Ninon. Quoi quil en soit, tôt outard, le fatal lendemain arrive. Pour moi qui, en qualité de critique, suisde ce lendemain plus que je ne veux, je me demande après avoir luRaphaël, non pas sil y a assez de beautés pour nous toucher çà et etpour ravir les jeunes cœurs avides et qui dévorent tout, mais je medemande si les esprits devenus avec lâge plus délicats et plus difficiles,ceux qui portent en eux le sentiment de la perfection, ou qui seulementont le besoin du naturel jusque dans lidéal, ne sont pas arrêtés à toutmoment et ne trouvent pas, à cette lecture, plus de souffrance de goûtque de jouissance de cœur et démotion véritable.

Je ne ferai que courir sur la préface dans laquelle Raphaël, cemeilleur ami de lauteur, nous est représenté et décrit dans les moin-dres détails de sa beauté. Je ne sais rien de moins intéressant quunhomme qui se mire et qui sadonise. Au physique comme au moral,Raphaël réunit toutes les perfections, tous les dons de lange, sonpatron, et du grand peintre, son homonyme. Je laisse de côté lephysique; et, sur ce point, je ne me permettrai quune remarque.Lauteur, en essayant dappliquer à son héros le type de beauté dugrand peintre dUrbin, a oublié une seule chose : cest que la première,la souveraine impression que fait sur nous la vue dune figure deRaphaël, est une impression de pureté virginale et de chasteté. Or,je ne saurais recevoir cette impression-, quand lauteur, dans la tra-duction quil nous donne du portrait du peintre, sépuise à nous décrireces yeux, « qui sont, dit-il, imbibés de lumière jusquau fond, mais unpeu humides des rayons délayés dans la rosée ou dans les larmes. » Jesens une intention voluptueuse qui ne ressort pour moi daucunefigure peinte par Raphaël, pas même de la sienne. Raphaël a pu avoirdu voluptueux dans sa vie, mais M. de Lamartine en a prêté gratuite-ment à son pinceau. Je reviens au Raphaël daujourdhui, à celui deM. de Lamartine : « Sil eût tenu un pinceau, dit notre auteur, il auraitpeint la Vierge de Foligno ; sil eût manié le ciseau, il aurait sculpté la