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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES DE MADAME DE SÊVIG.

61.1

que le roi la lit mettre dans sa calèche avec les dames, et prit plaisir à luimontrer toutes les beautés de Versailles, comme feroit un particulier que lonva voir dans sa maison de campagne ; il ne parla quà elle, et reçut avec beau-coup de plaisir et de politesse toutes les louanges quelle donna aux merveil-leuses beautés quil lui montrait : vous pouvez penser si lon est contente duntel voyage. M. de la Rochefoucauld, que voilà, vous embrasse sans autre formede ppocès, et vous prie de croire quil est plus loin de vous oublier quil nestprêta danser la bourrée; il a un petit agrément de goutte à la main qui lem-pêche de vous écrire dans cette lettre. Madame de la Fayette vous estime et vousaime, et ne vous croit pas si dépourvue de vertus que le jour que vous étiezcouchée au coin de son feu, et dont vous vous souvenez si bien.

A LA MÊME

Vendredi au soir, 24 avril 1671, chez M. de la Rochefoucauld.

Je fais donc ici mon paquet. Javois dessein de vous conter que le roi arrivahier au soir à Chantilly; il courut un cerf au clair de la lune. Les lanternesfirent des merveilles ; le feu dartifice fut un peu effacé par la clarté de notreamie; mais enfin, le soir, lesouper, lejeu, tout alla à merveille. Le temps quila fait aujourdhui nous faisoit espérer une suite digne dun si agréable com-mencement. Mais voici ce que japprends en entrant ici, dont je ne puis meremettre, et qui faitquejene sais plus ce que je vous mande : cest qu 1 enfin Yatel,le grand Yatel, maître dhôtel de M. Fouquet, qui létoit présentement deM. le Prince, cet homme dune capacité distinguée de toutes les autres, dont labonne tête étoit capable de contenir tout le soin dun Etat; cette homme donc queje connoissois, voyant que ce matin à huit heures la marée nétoit pas arrivée,na pu soutenir laffront dont il a cru quil alloit être accablé, et, en un mot,il sest poignardé. Yous pouvez penser lhorrible désordre quun si terribleaccident a causé dans cette fête. Songez que la marée est peut-être arrivéecomme il expiroit. Je nen sais pas davantage présentement : je pense que voustrouvez que cest assez. Je ne doute pas que la confusion nait été grande :c'est une chose fâcheuse à une fête de cinquante mille écus.