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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉY1GNÉ

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avec vingt mille francs dappointement, et deux eentmille francs de M. de Duras,pour la charge de capitaine des gardes du corps, que MM. de Charost lui cèdent.Raisonne/,-dessus, et voyez si M. de Duras nevous paroît pas plus heureuxque M. de Charost. Cette place est dune telle beauté, par la confiance quellemarque et par lhonneur dètre proche de Sa Majesté, quelle na point de prix.M. de Duras pendant son quartier suivra le roi à lannée, et commandera à toutela maison de Sa Majesté. Il ny a point de dignité qui console de cette perte ; ce-pendant on entre dans le sentiment du maître, et l'on trouve/] ne MM. de Cha-rost doivent être contents. Que notre ami Noailies prenne garde à lui : on ditquil lui en pend autant à lœil ; car il na quun œil, aussi bien que les autres.

On parle toujours de la guerre; vous pouvez penser combien jen suisfâchée; il y a des gens qui veulent encore faire des almanachs; mais pourcette campagne ils sont trompés.

Toute mon espérance, cest, que la cavalerie ne sera pas exposée aux siègesque lon fera chez les Hollandois ; il faut vivre pour voir démêler toute cettefusée. Jai vu le marquis de Vence. je le trouvai si jeune, que je lui demandaicomment se portoit madame sa mère : M. de Coulanges me redressa. Le car-dinal de Retz interrompit notre conversation, mais ce ne fut que pour parlerde vous.

Je souhaite toujours Àdhémar, pour me redire encore mille fois cpie vousmaimez ; vous massurez que cest avec une tendresse digne de la mienne : sije ne suis contente de cette ressemblance, je suis bien difficile à contenter.

Je viens de recevoir votre lettre du jour des Cendres : en vérité, ma fille,vous me confondez par vos louanges et par vos remercîments ; cest me fairesouvenir de ce que je voudrais faire pour vous, etjen soupire, parce queje nemécontente pas moi-même; et plût à Dieu que vous fussiez si pressée de mesbienfaits, que vous fussiez contrainte de vous jeter dans lingratitude! Nousavons souvent dit que cest la vraie porte pour en sortir honnêtement, quandon ne sait plus donner de la tête; mais je ne suis pas assez heureuse pourvous réduire à. cette extrémité : votre reconnoissance suffit et au delà. Quevous êtes aimable ! et que vous me dites plaisamment tout ce qui se peut dire-dessus !

Au reste, quelle folie de perdre tant dargent, à ce chien de brelan! Cestun coupe-gorge quon a banni de ce pays-ci, parce quon y fait de sérieuxvoyages. Vous jouez dun malheur insurmontable, vous perdez toujours :croyez-moi, ne vous opiniâtrez point ; songez que tout cet argent sest perdusans vous divertir : au contraire, vous avez payé cinq ou six mille francspour vous ennuyer et pour être houspillée de la fortune. Ma fille, je mem-porte : il faut dire comme Tartufe : Cest un excès de zèle.