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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME I)E SÉY IGNÉ

I ii

madame de Villars et au pauvre maréchal. Cependant le maréchal dilumières,soutenu par M. de Louvois, navoit point paru, et altcndoit que le maréchal deCréqui eut répondu : ce dernier est venu de son armée en poste répondre lui-même : il arriva avant-hier, il eut une conversation dune heure avec le roi. Lemaréchal deGramont, qui lut appelé, soutint le droit des maréchaux de Franceet fit le roi juge de ceux qui faisoient le plus de cas de cette dignité, ou ceux quipour en soutenir la grandeur sexposoient au danger détre mal avec lui; ou celui(M. de Turenne 1 qui étoit honteux den porter le titre, qui lavait effacé de tousles lieux il pouvoitêtre, qui tenoit le nom de maréchal pour une injure, etqui vouloit commander en qualité de prince. Enfin la conclusion fut que le ma-réchal de Créqui est allé à la campagne, dans sa maison, planter des choux,aussi bien que le maréchal dIIumières. Voilà de quoi on parle uniquement ;les uns disent quils ont bien fait, dautres quils ont mal fait. La comtesse (deFiesque) ségosille ; le comte de Guiche prend son fausset ; il les faut séparer:cest une comédie. Ce qui est vrai, cest que voilà trois hommes dune grandeimportance pour la guerre, et quon aura bien de la peine à remplacer. M. lePrince les regrette fort piour lintérêt du roi. M. de Schomberg nest pas plusdisposé que les autres à obéir à M. de Turenne, ayant commandé des arméesen chef. Enfin la France, qui est pleine de grands capitaines, nen trouverapas assez par la circonstance de ce malheureux contre-temps.

M. dAligre a les sceaux; il a quatre-vingts ans : ce^t un dépôt; cest unpape.

Je viens de faire un tour en ville : jai été chez M. de la Rochefoucauld. 11est accablé de douleur davoir dit adieu à tous ses enfants : au travers de cela,il ma priée de vous dire mille tendresses de sa part : nous avons fort causé.Tout le monde pleure son fils, son frère, son mari, son amant : il faudrait êtrebien misérable pour ne pas se trouver intéressée , au départ de la France toutentière. Dangeau et le comte de Sault ' sont venus nous dire adieu : il nousont appris que le roi, afin déviter les larmes, est parti ce malin à dix heures,sans que personne lait su, au lieu de partir demain, comme tout le monde leeroyoit. Il est parti lui douzième ; tout le reste courra après. Au lieu daller àVillers-Cotterets, il est allé à Nanteuil, lon croit que dautres, qui ont dis-paru aussi, se trouveront : il ira demain à Soissons, et tout de suite, comme illavoit résolu : si vous ne trouvez cela galant, vous navez quà le dire. La tris-tesse toutlemonde se trouve est une chose quon ne saurait imaginer au poinlquelle est. La reine est demeurée régente : toutes les compagnies souverai-nes lont été saluer. Voici une étrange guerre, qui commence bien tristement.

1 11 fut fait duc de Lesdiguières au passage du Rhin,