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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGXÉ

25 !)

do laffaire, quon venoil de lui dire quil avoitété tué, nen a plus écrit un motni à la pauvre Sanzoi, ni à Coulanges 1 . Nous ne savons donc que mander àcette femme désolée ; il est cruel de la laisser dans cet état. Pour moi, je suisfrès-persuadée que son mari est mort : la poussière mêlée avec son sang lauradéfiguré; on ne laura pas reconnu, on laura dépouillé; peut-être quil auraété tué loin des autres par ceux qui lont pris, ou par des paysans, et sera de-meuré au coin de quelque haie : je trouve plus dapparence à cette tristedestinée quà croire quil soit, prisonnier et quon nentende pas parler de lui.

Au reste, ma fille, labbé croit mon voyage si nécessaire, que je ne puis myopposer : je ne laurai pas toujours ; ainsi je dois profiter de sa bonne volonté.Cest une course de deux mois, car le bon abbé ne se porte pas assez bien pouraimer à passer lhiver. Il men parle dun air sincère, dont je fais vœu dêtretoujours la dupe : tant pis pour ceux qui me trompent. Je comprends que len-nui seroit grand pendant lhiver; les longues soirées peuvent être comparées auxlongues marches pour être fastidieuses. Je ne mennuyois point cet hiver quejevous avois ; vous pouviez fort bien vous ennuyer, vous qui êtes jeune ; maisvous souvient-il de nos lectures? Il est vrai quen retranchant tout ce qui étoilautour de cette petite table, et le livre même, il ne seroit pas impossible de nesavoir que devenir : la Providence en ordonnera. Je retiens toujours ce quevous mavez mandé: on se tire de lennui comme des mauvais chemins; on nevoit personne demeurer au milieu dun mois, pour navoir pas le courage delachever. Cest comme de mourir ! vous ne voyez personne qui ne sache se tirerde ce dernier rôle. II y a des choses dans vos lettres quon ne peut ni quon ne veutoublier. Avez-vous mon ami Corbinelli et M. de Vardes? Je le souhaite ; vousaurez bien raisonné, et, si vous parlez sans cesse des affaires présentes et deM. de Turenne, et que vous ne puissiez comprendre ce que tout ceci deviendra,en vérité vous êtes comme nous, et ce nest point du tout que vous soyez en pro-vince. M. de Barillon soupa hier ici : on ne parla que de M. de Turenne; il enest véritablement très-affligé. Il nous contoitla solidité de ses vertus, combienil étoit vrai, combien il aimoit la vertu pour elle-même, combien par elle seuleil se trouvoit récompensé, et puis finit pas dire quon ne pouvoit pas laimer niêtre touché de son mérite sans en être plus honnête homme. Sa société eom-muniquoit une horreur pour la friponnerie et pour la duplicité qui mettoi t tousses amis au-dessus des autres hommes; dans ce nombre on distingua fort lechevalier, commeun de ceux que ce grand homme aimoit et estimoitle plus, etaussi comme un de ses adorateurs. Bien des siècles neo donneront pas un pareil.

1 Madame de Sanzei était sœur de M. de Coulanges, et M. de la Trousse était leur cousin

germain.