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agréable; ils oui quarante ou cinquante pieds de hauteur, li y a un petitair d’amour maternel dans ce détail : songez que je les ai tous plantés, etque je les ai vus, comme disoit M. de Monlbazon de ses entants, pas plusipmiils (pie cela. C’est ici une solitude laite exprès pour y bien rêver; vousen feriez bien votre profit, et je n’en use pas mal : si les pensées n’y sontpas tout à fait noires, elles y sont tout au moins gris brun, j’y pense à vousà tout moment; je vous regrette, je vous souhaite : votre santé, vos affaires,votre éloignement, que pensez-vous que tout cela fasse entre chien et loup?J’ai ces vers dans la tête :
Sous quel astre cruel avez-vous mis au jourL'objet infortuné d’uue si tendre amour?
Il faut regarder la volonté de Dieu bien fixement, [tour envisager sans dés-espoir tout ce que je vois, dont assurément je ne vous entretiendrai [tas.
Ne soyez point en peine de l’absence d’Hélène : Marie me fait fort bien ; jene m’impatiente point; ma santé est comme il y a six ans; je ne sais d’oùme revient cette fontaine de Jouvence : mon tempérament fait précisément cequi in’est nécessaire. Je lis et je m’amuse ; j’ai des affaires que je fais devantl’abbé, comme s’il étoit derrière la tapisserie. Tout cela, avec cette jolie espé-rance, empêche, comme vous dites, qu’on ne fasse la dépense d’une corde pourse pendre. Je trouvai l’autre jour une lettre de vous, où vous m’appelez mabonne maman : vous aviez dix ans, vous étiez à Sainte-Marie, et vous me con-tiez la culbute de madame Amelot, qui de la salle se trouva dans une cave ;il y a déjà du bon style à cette lettre. J’en ai trouvé mille autres qu’on écri-vait autrefois à mademoiselle de Sévigné : toutes ces circonstances sontbien heureuses pour me faire souvenir de vous; car sans cela où pourrois-je prendre cette idée? Je n’ai point reçu de vos lettres le dernier ordinaire;j’en suis toute triste. Je ne sais non plus des nouvelles du coadjuteur, de laGarde, du Mirepoix, du Bellièvre, que si tout étoit fondu : je m’en vais unpeu les réveiller.
N’admirez-vous point le bonheur du roi? Un me mande la mort de Son Al-tesse mon père *, qui étoit un bon ennemi ; et que les Impériaux ont repassé leRhin, pour aller défendre l’Empereur du Turc, qui le presse en Hongrie. Voilàce qui s’appelle des étoiles heureuses; cela nous fait craindre en Bretagne del'udes punitions. Je m’en vais voir la bonne Tarente 2 ; elle m’a déjà envoyédeux compliments, et me demande toujours de vos nouvelles ; si elle le prend
1 Charles IV, duc de Lorraine, mort le 17 septembre. Madame de Lillebonne, sa tille, disait,en parlant de lui : Son Altesse mon père.
a La princesse de Tarente habitait Château-Madame, dans le faubourg de Vitré.