LETTRES DE ÏIADAJ1E DE SÉV1GNÉ
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chère, plus que je ne vous le puis (lire. Vous n’aurez ni Vardes ni Corbinelli ;c’eut été pourtant une bonne compagnie. Vous deviez bien me nommer lesquatre dames qui vous venoient assassiner ; pour moi, j’ai le temps de me for-tifier contre ma méchante compagnie ; je les sens venir par un côté, et jem’égare par l’autre : c’est un tour que je fis hier à une sénéchale de Vitré ; etpuis je gronde qu’on ne m’ait pas avertie. Demandez-moi ce que je veux dire ;ce sont des friponneries qu’on est tentée de faire dans ce parc. Vous souvient-ild’un jour que nous évitâmes les Fouesnels? Je me promène fort ; ces allées sontadmirables. Je travaille comme vous ; mais, Dieu merci, je n’ai point une fri-ponne de Montgobert qui me réduise aux traînées : c’est une humiliation que jene comprends pas que vous puissiez souffrir. Je ne noircis point ma soie avecma laine, je me trouve fort bien d’aller mon grand chemin ; il me semble queje n’ai que dix ans, et qu’on me donne un petit bout de canevas pour mejouer : il faudrait que vos chaises fussent bien laides pour n’ètre pas aussibelles que votre lit. J’aime fort tout ce que me mande Montgobert; elle meplaît toujours, je la trouve salée, et tous ses tons me font plaisir. C’est unbonheur (l’avoir dans sa maison une compagnie comme celle-là; j’en avoisune autrefois dont je faisois bien mon profit : M. d’Angers ( Henri Arnauld )me mandoit l’autre jour que c’étoit une sainte.
J’ai trouvé la réponse du maréchal d’Albret très-plaisante; il y a plusd’esprit que dans son style ordinaire ; elle m’a paru d’une grande hauteur ;Y affectionné serviteur est d’une dure digestion.
Vous avez donc ri, ma fille, de tout ce que je vous mandois d’Orléans? jele trouvai plaisant aussi : c’étoit le reste de mon sac, qui me paroissoit assezbon. N’êtes-vous point trop aimable d’aimer les nouvelles de mes bois etde ma santé? C’est bien précisément pour l’amour de moi : je me relève unpeu par les affaires de Danemark. On menace Rennes de transférer le parle-ment à Dinan : ce serait la ruine entière de cette province. La punition qu’onveut faire à cette ville ne se passera pas sans beaucoup de bruit.
J’ai reçu des lettres de Nantes ; si le marquis de Lavardin et d’IIarouïs fai-soient l’article de cette ville dans la gazette, vous y auriez vu assurémentmon arrivée et mon départ. Je vous rends bien, ma très-chère, l’attentionque vous avez à la Bretagne ; tout ce qui vous entoure à vingt lieues à la rondem’est considérable. Il vint ici l’autre jour un augustin; c’est une manièrede Frater; il a été par toute la province; il me nomma cinq ou six fois M. deGrignan et M. d’Arles; je le trouvai fort habile homme : je suis assurée qu’àAix je ne Paurois pas regardé.
A propos, vous ai-je parlé d’une lunette admirable, qui faisoit notre amuse-ment dans le bateau? C’est un chef-d’œuvre ; elle est encore plus parfaite que