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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GN É 257

je vous aime de tout mou cœur; mais cest au pied de la lettre, et sans enrien rabattre.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 5 novembre 1075.

Je suis fort occupée de toutes vos affaires de Provence; et, si vous prenezintérêt à celles de Danemark, jen prends bien davantage .à celles deLambesc,Jattends leffet de cette défense quon devoit faire au parlement denvoyer àla maison de ville : jattends la nomination du procureur du pays, et le succèsdu voyage du consul, qui veut être noble par ordre du roi. Jai fort ri de cepremier président, et des effets desajalousie: on lui faisoitune grande injus-tice de croire quun homme élevé à Paris ne sut pas vivre, et ne donnât pasplutôt une bonne couple de soufflets que des coups de plat dépée. Je suis bienétonnée quil soit jaloux de ce petit garçon qui sentoit le tabac : il ny a pe-sonnequi ne soit dangereux pour quelquun. Il me semble que le vin des Bre-tons figure avec le tabac des Provençaux.

Jadmire toujours quon puisse prononcer une harangue sans manquer etsans se troubler, quand tout le monde a les yeux sur vous et quil se fait ungrand silence. Ceci est pour vous, monsieur le comte ; je me réjouis que vouspossédiez cette hardiesse, qui est si fort au-dessus de mes forces. Mais, mafilfe,cest du bien perdu que de parler si agréablement, puisquil ny a personne.Je suis piquée, comme vous, que lintendant et les évêques ne soient point àlouverture de cette assemblée je ne trouve rien de plus indigne ni de moinsrespectueux pour le roi et pour celui qui a lhonneur de le représenter. Si lonattend que M. de Marseille soit revenu de ses ambassades, on attendra long-temps ; car apparemment il nen fera pas pour une. Je me suis plainte à dHac-ijueville ; cest tout ce que je puis faire dici, et puis voilà qui est fait pourcette année : nen direz-vous rien à madame de Vins? Elle ma écrit une lettrefort vive et fort jolie ; elle se plaint de mon silence, elle est jalouse de ce quejécris à dautres, elle veut désabuser M. de Pomponne de ma tendresse ; il nya plus que pour elle : je nai jamais vu un fagot d'épines si révolté. Je lui laisréponse, et me réjouis quelle se soit mise à être tendre, et à parler de la ja-lousie autrement quen interligne : je ne croyois pas quelle écrivît si bien ; elleme parle de vous, et mattaque fort joliment. Jeus ici, le jour de la Toussaint,M. Boucherat et M. de llarlay, son gendre, à dîner; ils sen vont à nos états,que l'on ouvre quand tout le monde y est. Ils me «liront leur harangue ; elle

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