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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

vos petits veux à force décrire? La maladie de Montgobert en est cause; jelui souhaite une bonne santé, et je sens Je chagrin que vous devez avoir delétat, elle est. Je suis ravie que le petit enfant se porte bien : Villebruncdit quil vivra fort bien à huit mois, cest-à-dire huit lunes passées.

Vous croyez que nous avons ici un mauvais temps : nous avons le tempsde Provence; mais ce qui métonne, cest que vous ayez le temps de Bre-tagne. Je jugeois que vous laviez cent fois plus beau, comme vous croyiezque nous lavions cent fois plus vilain. Jai bien profité de cette belle saison,dans la pensée que nous aurions lhiver dans le mois davril et de mai, de sorteque cest lhiver que je men vais passer à Paris. Au reste, si vous maviez vuefaire la malade et la délicate dans ma robe de chambre, dans ma grande chaiseavec des oreillers, et coiffée de nuit, de bonne foi vous ne reconnoîtriez pascette personne qui se coiffoi t en toupet, qui mettoit son buse entre sa chair et sachemise, et qui ne sasseyoit que surla pointe des sièges pliants : voilà sur quoije suis changée. Joubliois de vous dire que notre oncle de Sévigné est mort hMadame de la Fayette commence présentement à hériter de sa mère. M. duPlessis-Guénégaud est mort aussi; vous savez ce quil faut faire à sa femme.

Corbinelli dit que je nai point desprit quand je dicte; et sur cela il nemécrit plus. Je crois quil a raison : je trouve mon style lâche; mais soyezplus généreuse, ma fille, et continuez à me consoler de vos aimables lettres.Je vous prie de compter les lunes pendant votre grossesse ; si vous êtes accou-chée unjour seulement sur la neuvième, le petit vivra; sinon, nattendez pointun prodige. Je pars mardi, les chemins sont comme en été, mais nous avonsune bise qui tuernesmains.il me faut du chaud, les sueurs nefontrien; je meporte très-bien du reste ; et cest une chose plaisante de voir une femmeavec un très-bon visage, que lon fait manger comme un enfant : on saccou-tume aux incommodités. Adieu ma très-chère, continuez de maimer ; je nevous dis point de quelle manière vous possédez mon cœur, ni par combien deliens je suis attachée à vous. Jai senti notre séparation pendant mon mal ; jepensois souvent que ce meût été une grande consolation de vous avoir. Jaidonné ordre pour trouver de vos lettres à Mali corne. Jembrasse le comte,cest-à-dire je le prie de membrasser. Je suis entièrement à vous, et le bonabbé aussi, qui compte et calcule depuis le matin jusquau soir, sans rienamasser, tant cette province a été dégraissée.

« Renaud de Sévigné, mort à Port-Royal le 1B mars 1076. Voyez le Nécrologe de Port-Royal, page 115.