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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIT,NÉ

écrivis hier de la Palisse ; jy vis un petit garçon que je trouvai joli ; il a septans : je suis sûre quil ressemble au vôtre; son père, qui est un gentilhommedcM. deSaint-Géran, lui a appris lexercice du mousquet et de la pique. Cestla plus jolie chose du monde : vous aimeriez ce petit enfant; cela lui dénoue lecorps : il est délibéré, adroit, résolu. Son père passe sa vie à la guerre; il estconvalescent à la Palisse, et se divertit à rendre son fils un vrai petit soldat :jaimerois mieux cela quun maître à danser. Si le hasard vous envovoit un telhomme, prenez le même plaisir sur ma parole. M. larchevêque a écrit au bonabbé tout ce qui se peut mander dobligeant et de tendre pour lengager auvoyage de Grignan ; mais je ne vois pas que cela lébranle, quoiquil en soitlouché. Jaurois bien à causer sur vos deux lettres que voilà ; mais, quoique jene sois pas encore initiée à la fontaine, je veux vous donner lexemple. Un hommede la cour disoit lautre jour à madame de Ludres : « Madame, vous êtes, mafoi, plus belle quejamais.Tout de bon, dit-elle , jen suis bien aise, cest unridicule de moins. » Jai trouvé cela plaisant. Madame de Coulanges a des soinsde moi admirables. Je regarde autour de moi ; est-ce que je suis en fortune?Elle me rend le tambourinage quelle reçoit de beaucoup dautres. La Bagnolsm'écrit aussi mille douceurs tortillonne'es. Adieu, ma chère enfant, évitez surtoutes choses le cœur de lhiver pour revenir, et le détour de Reims. Croyez-moi, il 11y a point de santé qui puisse résister à ces fatigues; les voyages usentle corps comme les équipages.

A LA MfiMK

A Vichy, mercredi ail soir, 22 septembre 1 (>7T.

Il me revient une lettre du 15. Je crois quelle est allée faire un tour à Paris,Le chevalier en a reçu une du bel abbé, de cette même date, qui me fait voir aumoins que vous vous portiez bien ce jour-. Il est vrai que si Vardes meûtparlé de votre maladie un peu plus au temps présent, nulle considération nau-roit pu me retenir ; mais il fit si bien, que je ne pus tourner mon inquiétude quesur le passé. Ma très-chère, au nom de Dieu, rapportez-moi votre bonne santéet votre joli visage ; il est certain que je ne puis men passer, ni vous permettredêtre changée à lâge vous êtes. Nespérez donc point que je sois traitablesur cette maigreur, qui marque visiblement votre mauvaise santé ; la mienne estadmirable. Je finis demain jeudi toutes mes affaires; je prends ma dernièremédecine. Je nai bu que seize jours; je nai pris que deux douches et deux