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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

profaner une santé qui fait notre vie à tous ; car vous voulez bien, madame, queje parle en commun sur ce chapitre. Que vous êtes bien tous ensemble ! quevous êtes heureux de trouver dans votre famille ce que lon cherche inutile-ment ailleurs, cest-à-dire la meilleure compagnie du monde, et toute lamitiéet la sûreté imaginables! Je le pense et, je le dis souvent, il ny en a point unepareille.- Je vous embrasse de tout mon cœur, et vous demande la grâce demaimer toujours ; je donne à ma fille le soin de vous dire comme je suis pourvous, et comme je vous trouve digne de toute la tendresse quelle a pour vous.

Il faut un peu que je vous parle, ma fille, de notre hôtel de Carnavalet. Jyserai dans un jour ou deux; mais, comme nous sommes très-bien chez M. etmadame de Coulanges, et que nous voyons clairement quils en sont fort aises,nous nous rangeons, nous nous établissons, nous meublons votre chambre, etces jours de loisir nous ôtent tout lembarras et tout le désordre du déloge-ment. Nous irons coucher paisiblement, comme on va dans une maison londemeure depuis trois mois. Napportez point de tapisserie, nous trouverons icice quil vous faut : je me divertis extrêmement à vous donner le plaisir de na-voir aucun chagrin, au moins en arrivant. Notre bon abbé ma lait peur: sonrhume étoit grand; une petite lièvre. Je me figurais que si tout cela eût aug-menté, ceût été une fièvre continue, avec une fluxion sur la poitrine ; mais,Dieu merci, il est considérablement mieux, et je nai plus aucune inquiétude.

Je reçois mille amitiés de madame de Vins. Je reçois des visites en lair desRochefoucauld, des Tarante; cest quelquefoisjdans la cour de Carnavalet, surle timon de mon carrosse. Je suis dansle chaos ; vous trouverez le démêlementdu monde et des éléments. Vous recevrez ma lettre dAutry. Je serais plus fâ-chée que vous, si je passois un ordinaire sans vous entretenir. Jadmire commeje vous écris avec vivacité, cl comme je hais décrire à tout le reste du monde.Je trouve, en écrivant ceci, que rien nest moins tendre que ce que je dis :comment! jaime à vous écrire! cest donc signe que jaime votre absence:voilà qui est épouvantable. Ajustez tout cela, et faites si bien, que vous soyezpersuadée que je vous aime de tout mon cœur.

AU COMTE DK BUSSY

A Livry, ce 5 nov-embre 1671.

Je suis venue ici achever les beaux jours, et dire adieu aux feuilles; ellessont encore toutes aux arbres, elles nont fait que changer de couleur: au