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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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ai aucun pouvoir ; quil ny a que vous ou M. de la Garde qui puissiez fixer sesincertitudes. A moins que sa tranquillité ne vienne par, il nen faut pointespérer ; et, n'en ayant point, il vaut mieux quelle hasarde sa vie. Elle a pourvous et pour ses devoirs un attachement très-raisonnable et très-juste : à moinsquelle ne retrouve, par la pensée de vous plaire, la douceur quelle trouveraitdêtre auprès de vous, son séjour ici lui ferait plus de mal que de bien. Ainsi,monsieur, cest vous seul qui êtes le maître dune santé et dune vie qui est àvous ; prenez donc vos mesures, chargez-vous de lévénement du voyage ; oudonnez-lui un repos qui lempêche dêtre dévorée, et qui la fasse profiterdes trois mois quelle sera ici. Je vous embrasse de tout mon cœur.

P. S. Je ne métonne pas si vous ignorez létat elle est; sa fantaisie,c'est de dire toujours quelle se porte fort bien. Plût à Dieu que cela fûtvrai, et quelle fût avec vous! Je ne veux pour témoins du contraire queM. labbé de Grignan, M. de la Garde, et tous ceux qui la voient et qui yprennent quelque intérêt.

AD COMTE DE BUSSY

A Lisry, ce 23 août 1678.

est votre tils, mon cousin? Pour le mien, il ne mourra jamais, puis-quil na pas été tué dix ou douze fois auprès de Mons. La paix étant faite etsignée le 9 août, M. le prince dOrange a voulu se donner le divertissementde ce tournoi. Vous savez quil ny a pas eu moins de sang répandu quàSenef, Le lendemain du combat, il envoya faire ses excuses à M. de Luxem-bourg, et lui manda que, sil lui avoit fait savoir que la paix étoit signée, ilse serait bien gardé de le combattre. Cela ne vous paroît-il pas ressemblerà lhomme qui se bat en duel à la comédie, et qui demande pardon à tou^les coups quil donne dans le corps de son ennemi ?

Les principaux officiers des deux partis prirent donc dans une conférenceun air depaix, et convinrent defaireentrer du secours dans Mons. Mon fils étoità cette entrevue romanesque. Le marquis de Grana demanda à M. de Luxem-bourg qui étoit un escadron qui avoit soutenu deux heures durant le feu deneuf de ses canons, qui tiraient sans cesse pour se rendre maîtres delà batterieque mon fils soutenoit. M. de Luxembourg lui dit que cétoientles gendarmes-dauphin, et queM. de Sévigné, quil lui montra présent, étoit à leur tête.Vous comprenez tous ce qui lui fut dit dagréable, et combien en pareille ren-