LETTRES I)E MADAME DE SÉVIGNÉ
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mois avec lui. Nous avons eu ici des glaces et des neiges insupportables; lesrues étoient de grands chemins rompus d’ornières. Nous commençons depuisquelques jours à revoir le pavé, qui nous fait le même plaisir que le rameaud’olives qui fit connoître que la terre étoit découverte. Je crois pourtant quevous ne devez pas vous presser d’aller revoir votre charmant paysage de Cha-seu : il est encore de trop bonne heure ; c’est le mois d’avril qui commenceà ouvrir le printemps.
Mafilleest toujours languissante; sa mauvaise santé fait le plus grand chagrinde ma vie. Nous sommes occupés présentement à juger des beaux sermons. LeP. Bourdaloue tonne à Saint-Jacques de la Boucherie. Il falloit qu’il prêchâtdansun lieu plus accessible :1a presse et les carrosses y font une telle confusion,que le commerce de tout ce quartier-là en est interrompu.
On distribue bien des évêchés et des abbayes. Un jeune abbé de la Broue,qui n’a prêché qu’une seule fois devant le roi, est nommé pour l’évêché de Mi-repoix; M. de Tulle {Mas car on) pour Agen, le père Saillan de l’Oratoire pourTréguier, l’abbé de Bourlemout pour Fréjus, l’abbé de Noailles pour Cahors.
M. de Marsan et le chevalier de Tilladet sont pensionnaires. L’abbé de laFayette et un frère deMarsillac ontdes abbayes. Enfin les uns sontcontents, lesautres non. C’est le monde, il n’y a rien de nouveau à cela. Savez-vous l’adou-cissement de la prison de MM. deLauzun etFouquet? Cette permission qu’ilsont de voir tous ceux de la citadelle, et de se voir eux-mêmes, de manger et decauser ensemble, est peut-être une des plus sensibles joies qu’ils aurontjamais.
J’étois l’autre jour en un lieu où l’on tailloit en plein drap sur les grâces quele public attendoit de la bonté du roi. Onouvroit des prisons, on faisoit revenirdes exilés, on remettoit plusieurs choses à leur place, et on en ôtoit plusieursaussi de celles qui y sont. Vous ne fûtes pas oublié dans ce remue-ménage, etl’on parla de vous dignement. Voilà tout ce qu’une lettre vous en peut ap-prendre.
Mandez-moi les sentiments de matante (madame de Toulongeon) sur notresuccession : veut-elle suivre mon exemple, ou si elle veut retirer ma part?
Parlez-moi beaucoup de la belle Coligny, de son esprit, de sa tendresse pourvous, de vos amusements communs ; car vous êtes chargés l’un de l’autre. Vosdéfinitions nous ont charmés, ou, pour mieux dire, la manière dont vous avezentendu, corrigé et augmenté celles de notre ami Corbinelli.