LETTRES RE MADAME RE SÉVIGM5
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LE COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉYIGNÉ
A Autun, ce 6 mars 1679.
Vous savez le goût que j’ai pour vos lettres, madame, et cela m’oblige à meplaindre quevous m’en écriviez si rarement : il y a deuxmois quej’attends votreréponse. Outre monintérêt, j’avois encore eelui deM. d’Autun (M. de Roquette),qui attendoit avec empressement les douceurs que vous me dites pour lui. Il ya huit jours qu’il est parti pour Moulins, et je le crois présentement à Paris, oùje ne doute pas qu’il n’aille recevoir votre encens lui-même.
Nous avons eu ici un temps aussi rude, depuis trois mois, que vous à Paris, etnous n’en sommes pas encore quittes. Je suis très-fâché de la langueur de labelle Mudélonne; je prends part à ses maux pour l’amour d’elle-même, maismon chagrin augmente par la part que vous y prenez : vous n’étiez pas faitestoutes deux pour languir.
Je voudrais bien avoir la même occupation que vous avez à juger des ser-mons du P. Bourdaloue, au hasard de la presse. Je ne songerais jamais àsortir d’ici, si nous avions la belle Madelonne, notre ami Corbinelli, leP. Bourdaloue et un opéra nouveau tous les hivers. Il y a un peu plus de dam-nation à tout cela que de salut ; mais je demande le P. Bourdaloue pour lecorrectif de tout le reste.
La distribution des bénéfices m’est assez indifférente, hormis celui de M. deTulle (Mas car on ), qui est fort de mes amis. Je m’en vais lui en faire compli-ment. Je ne doute pas que MM. de Lauzun et Fouquet ne soient plus aises de lapermission de se voir et de se parler qu’ils ne seront de leur liberté ; car on sentplus la première grâce, quoique petite, qu’une plus grande qui vient après etque la première a fait espérer. Pour les grâces générales que vous jugez qui seferont, elles dépendent de savoir qui l’emportera, du désir que le roi aura d’êtreaimé, ou du crédit que les ennemis des malheureux auront sur l’esprit, de SaMajesté. Pour moi, si je reçois des grâces de la cour, j’en serai plus aise que laplupart des autres gens; car je ne les attends pas, et je me console par avancede n’en jamais recevoir, sur ce que je me flatte que les honnêtes gens sont per-suadés queje les mérite.