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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

son devoir à sa vie. Nous larrêtâmes lannée passée; et parce quelle croit seporter mieux à présent, je crains quelle ne nous échappe celle-ci. Je vis lautrejour le bon P. Rapin; je laime, il me paroît un bon homme et un bon reli-gieux. 11 a lait un discours sur lhistoire et sur la manière de lécrire, qui maparu admirable. Le P. Pouhours étoit avec lui ; lesprit lui sort de tous côtés.Je lus bien aise de les voir tous deux. Nous fîmes commémoration de vous,comme dune personne que labsence ne fait point oublier. Tout ce que nousconnoissons de courtisans nous parurent indignes de vous être comparés, etnous mîmes votre esprit dans le rang quil mérite. Il ny a rien de quoi je parleavec tant de plaisir.

Avez-vous lu la Vie du grand Théodose, par labbé Fléchier? Je la trouvebelle.

Vous savez toutes les nouvelles, mon cher cousin : que vous dirai-je 1 ? Lemoyen de raisonner sur ce qui est arrivé, non plus que sur les difficultés deBrandebourg, qui fait faire encore à bien des officiers un voyage en Alle-magne.

Mais que dites-vous de notre pauvre Corbinelli? Sa destinée le force à soute-nir un procès par pure générosité pour une de ses parentes 2 . Sa philosophie enest entièrement dérangée. Il est dans une agitation perpétuelle. Il y épuise sasanté et sa poitrine. Enfin cest un malheur pour lui, dont tous ses amis sontau désespoir.

AU MÊME

A Paris, ce 27 juin 1671).

Je nai pas le mot à dire à tout le premier article de votre lettre, sinon queLivry, cest mon lieu favori pour écrire. Mon esprit et mon corps y sont en paix,et, quand jai une réponse à faire, je la remets à mon premier voyage. Mais jaitort, cela fait des retardements dont je veux me corriger. Je dis toujours que, sije pouvois vivre seulement deux cents ans, je deviendrais la plus admirable per-sonne du monde. Je me corrige assez aisément , et je trouve quen vieillissantmême jy ai plus de facilité. Je sais quon pardonne mille choses aux charmesde la jeunesse, quon ne pardonne point quand ils sont passés. On y regardede plus près ; on nexcuse plus rien : on a perdu les dispositions favorables deprendre tout en bonne part; enfin, il nest plus permis davoir tort; et dans cetle

1 Madame de Montespan avait perdu la faveur du roi, et la belle Fontanges lavait ouverte-ment remplacée.

2 Cétait une demoiselle Réville, nièce deM. de Corbinelli.