LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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semble que tous les soins et tous les yeux sont tournés de votre côté : outreque vous êtes la personne qualifiée, vous êtes la personne si délicate, qu’ilne faut être occupé que de vous. J’ai vu la marquise d’Oxelles 1 , qui vous feradignement recevoir à Chàlons : j’y adresse cette lettre.
Nous revoilà maintenant dans les écritures par-dessus les yeux : je n’ai pasau moins sur mon cœur de n’avoir pas senti le bonheur de vous avoir ; je n’aipas à regretter un seul moment du temps que j’ai pu être avec vous, pour nel’avoir pas su ménager. Enfin il est passé, ce temps si cher; ma vie passoittrop vite, je ne la sentois pas ; je m’en plaignois tous les jours : ils ne duraientqu’un moment. Je dois à votre absence le plaisir de sentir la durée de mavie et toute sa longueur : je ne sais point de nouvelles : Quiconque ne voitguère na guère à dire aussi \ Le roi d’Angleterre est bien malade. La reined’Espagne crie et pleure : c’est l’étoile de ce mois. J'aimerois assez à vousentretenir davantage, mais il est tard, et je vous laisse dans votre repos. Jevous souhaite une très-bonne nuit. Est il possible que j’ignore ce qui est ar-rivé de cette barque que j’ai vue avec tant de regret s’éloigner de moi ! Cen’est pas aussi sans beaucoup de chagrin que jel’ignore. Mais, si vous n’avezpoint écrit, j’ai au moins la consolation de croire que ce n’est pas votre faute,et que j’aurai demain une de vos lettres. Voilà sur quoi tout va rouler, auheu d’ètre avec vous tous les jours et tous les soirs.
À LA MÊME
A Paris, lundi 18 septembre 1679.
J’attendois votre lettre avec impatience, et j’avois besoin d’être instruite del’état où vous êtes : mais je n’ai jamais pu voir sans fondre en larmes tout ceque vous me dites de vos réflexions et de votre repentir sur mon sujet. Ah ! matrès-chère, que me voulez-vous dire de pénitence et de pardon? Je ne vois plusrien que tout ce que vous avez d’aimable, et mon cœur est fait d’une manièrepour vous, qu’encore que je sois sensible jusqu’à l’excès à tout ce qui vient devous, un mot, une douceur, un retour, une caresse, une tendresse me désarme,me guérit en un moment comme par une puissance miraculeuse ; et mon cœurretrouve toute sa tendresse, qui, sans se diminuer, change seulement de nom,selon les différents mouvements qu’elle me donne. Je vous ai dit ceci plusieursfois, je vous le dis encore, et c’cst une vérité ; je suis persuadée que vous ne
1 Son üls élail gouverneur de la ville de Chàlons.
2 Faille des. Deux Pigeons, de la Fontaine, livre IX, fable n,