Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

365

semble que tous les soins et tous les yeux sont tournés de votre côté : outreque vous êtes la personne qualifiée, vous êtes la personne si délicate, quilne faut être occupé que de vous. Jai vu la marquise dOxelles 1 , qui vous feradignement recevoir à Chàlons : jy adresse cette lettre.

Nous revoilà maintenant dans les écritures par-dessus les yeux : je nai pasau moins sur mon cœur de navoir pas senti le bonheur de vous avoir ; je naipas à regretter un seul moment du temps que jai pu être avec vous, pour nelavoir pas su ménager. Enfin il est passé, ce temps si cher; ma vie passoittrop vite, je ne la sentois pas ; je men plaignois tous les jours : ils ne duraientquun moment. Je dois à votre absence le plaisir de sentir la durée de mavie et toute sa longueur : je ne sais point de nouvelles : Quiconque ne voitguère na guère à dire aussi \ Le roi dAngleterre est bien malade. La reinedEspagne crie et pleure : cest létoile de ce mois. J'aimerois assez à vousentretenir davantage, mais il est tard, et je vous laisse dans votre repos. Jevous souhaite une très-bonne nuit. Est il possible que jignore ce qui est ar-rivé de cette barque que jai vue avec tant de regret séloigner de moi ! Cenest pas aussi sans beaucoup de chagrin que jelignore. Mais, si vous navezpoint écrit, jai au moins la consolation de croire que ce nest pas votre faute,et que jaurai demain une de vos lettres. Voilà sur quoi tout va rouler, auheu dètre avec vous tous les jours et tous les soirs.

À LA MÊME

A Paris, lundi 18 septembre 1679.

Jattendois votre lettre avec impatience, et javois besoin dêtre instruite delétat vous êtes : mais je nai jamais pu voir sans fondre en larmes tout ceque vous me dites de vos réflexions et de votre repentir sur mon sujet. Ah ! matrès-chère, que me voulez-vous dire de pénitence et de pardon? Je ne vois plusrien que tout ce que vous avez daimable, et mon cœur est fait dune manièrepour vous, quencore que je sois sensible jusquà lexcès à tout ce qui vient devous, un mot, une douceur, un retour, une caresse, une tendresse me désarme,me guérit en un moment comme par une puissance miraculeuse ; et mon cœurretrouve toute sa tendresse, qui, sans se diminuer, change seulement de nom,selon les différents mouvements quelle me donne. Je vous ai dit ceci plusieursfois, je vous le dis encore, et ccst une vérité ; je suis persuadée que vous ne

1 Son üls élail gouverneur de la ville de Chàlons.

2 Faille des. Deux Pigeons, de la Fontaine, livre IX, fable n,