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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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que je mcn vais la voir, et M. de Pomponne, que lon gouverne mieux endînant un jour à Pomponne avec lui quà Paris en un mois. Vous voulez doncque je me repose sur vous de votre santé, et je le veux de tout mon cœur, silest vrai que vous soyez changée sur ce sujet. Ce seroit en effet quelque chosede si naturel que cela fût ainsi, et votre négligence à cet égard me paroissoitsi peu ordinaire, que je me sens portée à croire que cette droiture desprit etde raison aura retrouvé sa place chez vous. Faites donc, ma chère enfant, toutce que vous dites : prenez du lait et des bouillons, mettez votre santé devanttoutes choses. Soyez persuadée que cest non-seulement par les soins et par lerégime que lon rétablit une poitrine comme la vôtre, mais encore par lacontinuité des régimes; car de prendre du lait quinze jours, et puis dire :« Jai pris du lait, il ne me fait rien, » ma fille, cest se moquer de nous etde vous-même la première. Soyez encore persuadée dune autre chose, cestque sans la santé on ne peut rien faire; tout demeure; on ne peut aller nivenir quavec des peines incroyables ; en un mot, ce nest pas vivre que denavoir pas de santé. Létat vous êtes, quoi que vous disiez, nest pas unétat de consistance; il failt être mieux, si vous voulez être bien. Je suis fortfâchée du vilain temps que vous avez, et de tous vos débordements horribles.Je crains votre Durance comme une bête furieuse.

On ne parle point encore de cordons bleus : sil y en a, et que M. de Grignansoit obligé de revenir, je le recevrai fort bien, mais fort tristement; car enfin,au lieu de placer votre voyage comme vous avez fait, ceût été une chose bienplus raisonnable et plus naturelle que vous eussiez attendu M. de Grignanici. Mais on ne devine pas ; et, comme vous observiez et consultiez les vo-lontés de M. de Grignan, ainsi quon faisoit autrefois les entrailles des vic-times, vous y aviez vu si clairement quil souhaitoit que vous allassiez aveclui, que, ne mettant jamais votre santé en aucune sorte de considération, ilétoit impossible que vous ne partissiez, comme vous avez fait. Il faut regar-der Dieu et lui demander la grâce de votre retour, et que ce ne soit pluscomme un postillon, mais comme une femme qui na plus daffaires en Pro-vence, qui craint la bise de Grignan, et qui a dessein de sétablir et de ré-tablir sa santé en ce pays.

Je crois que je ferai un traité sur lamitié ; je trouve quil y a mille chosesqui en dépendent, mille conduites à éviter pour empêcher que ceux que nousaimons nen sentent le contre-coup; je trouve quil y a une infinité de ren-contres nous les faisons souffrir, et nous pourrions adoucir leurs peinessi nous avions autant de vues et de pensées quon doit en avoir pour ce quilient au cœur. Enfin, je ferois voir dans ce livre quil y a cent manières detémoigner son amitié sans la dire, ou de dire par ses actions quon na point