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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉViGNÉ

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Je ne crois pas que je ne pleure quand je verrai ce courrier chargé dedépêches pour M. de Pomponne. Je rencontrai avant-hier des chariots char-gés de ses meubles, quon ramenoit de Saint-Germain; cela me fit encore uneémotion. Enfin, ma très-chère, vous comprenez bien la peine que jai à mac-coutumer à cette déroute.

Adieu, ma très-chère et très-aimable; Dieu vous conserve! Madame deMesmes est arrivée; jy courus hier : elle me dit des merveilles de vous, devotre mari, de vos enfants, de votre château, de votre bonne chère, de votremusique, de votre bon air, et quasi de votre santé : mais cétoit pour meplaire,

A LA MÊME

A Paris, mercredi 5 janvier -1680.

Dieu vous donne une bonne et heureuse année, ma très-chère, et à moi la par-faite j oie de vous revoir en meilleure santé que vous nêtes présentement. Jevousassure que je suis fort en peine de vous; il gèle peut-être à Aix comme ici, etvotre poitrine en est malade. Je vous conjure tendrement de ne point tant écrireet de ne point me répondre sur toutes les bagatelles quejevous écris. Écoutez-moi : figurez-vous que cest une gazette; aussi bien je ne me souviens plus dece que je vous ai mandé : ces réponses justes sont trop longues à venir pourêtre nécessaires à notre commerce. Dites-moi quelque chose en trois lignes devotre santé, de votre état, un mot daffaires sil le faut, et pas davantage, àmoins que vous ne trouviez quelque charitable personne qui veuille écrire pourvous. Le chevalier est au coin de son feu, incommodé dune hanche : cestune étrange chicane que celle que lui fait ce rhumatisme. Madame de Sou-bise est toujours enfermée chez elle, disant quelle a larougeole; on croit quecette maladie durera quelque temps 1 . Elle a prétendu avoir les entrées dedame dhonneur : les Majestés ne lentendoient pas ainsi. Elle dit que lapension nétoit pas une chose qui pût lapaiser; il faut quelle ait dit plusieursautres choses encore. Enfin, elle est à Paris; rien nest vrai que cela, le resteest trouble, et chacun dit ce quil veut. Madameîa Dauphine a écrit des lettres siraisonnables, si justes, si droites, quon est entièrement persuadé de son très-bon esprit. Son portrait ne paroît pas dune belle personne. Vous avez vucomme la prophétie dune seconde dame datour (madame de Maint enon) aété heureusement accomplie.

1 Larougeole était un prétexte pour voiler la disgrâce dont elle était frappée.