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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉViGNÉ

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votre santé. Nous en parlerons encore ; mais je ne puis m'empêcher de vousdire tout ceci, sur quoi vous pouvez faire des réflexions.

Vous trouvez, ce me semble, la cour bien orageuse. Vous avez raison dêtreétonnée de madame de Soubise ; personne ne sait le vrai de cette disgrâce ; ilne paroît point que ce soit une victime : elle a voulu une place que le roi laempêchée davoir. Il y a bien à dire des épigrammes-dessus. Quand elle avu que toute cette distinction étoit réduite à une augmentation de pension, elleaparlé, elle sest plainte ; elleestvenueàParis ; j'y vins, jy suis encore, etc. 1 .Il ne seroit pas impossible de tourner la suite de ces vers. On ne la voit pointdu tout, ni frère, ni sœur, ni tante, ni cousine ; elle na que madame de Roche-fort qui lui tient lieu du tout. On ne lui fera point dire ce quelle ne dit pas,car elle est recluse. Cependant elle est très-bien servie-bas; elle espèrequelle retournera bientôt. 11 y a des gens qui croient quelle pourra se trom-per. Si cela est, il faudra quelle change de vie ; une plus longue retraite neseroit pas soutenable. Madame de Schomberg napproche pas delle à Cliaren-ton ; il semble que ce soit la peste au lieu de la rougeole. On ne voit pas nonplus madame de Rochefort ; cest une belle femme de moins dans les fêtes quise font pour les grandes noces.

Mademoiselle de Rlois est donc madame la princesse de Conti ; elle futfiancée lundi en grande cérémonie, hier mariée, à la face du soleil, dans lachapelle de Saint-Germain : un grand festin comme la veille ; laprès-dînerune comédie, et le soir couchés, et leurs chemises données par le roi et parla reine. Si je vois quelquun avant que denvoyer cette lettre, qui soit revenude la cour, je vous ferai une addition. Mais voyez comme il est bon de se tour-menter un peu pour avoir des places : il est certain que celles qui avoieht éténomméespour dames dhonneur de cette princesse avoient fait leurs diligences.Le hasard veut que madame de Buri 8 , qui est à cinquante lieues dici, tombedans lesprit de madame Colbert. Elle la vue autrefois, elle en parle à M. deLavardin, son neveu, elle en parle au roi ; on trouve quelle est tout comme ilfaut ; on mande quelle aura six mille francs dappointements, quelle entreradans le carrosse de la reine : on fait écrire le P. Bourdaloue, qui est son con-fesseur, car elle nest pas janséniste, comme madame de Yibraye. Cest avec cemot quon a supprimé celle-ci, quoiquelle soit sous la direction de Saint-Sulpice, qui est, pour la doctrine, comme celle des jésuites. Enfin, le courrierpart, et on lattend demain. Madame de Lavardin fait présent à madame do

1 Allusion à ce vers quHermione adresse à Pyrrhus dans Andromaque :

Jy sîüs encor, malgré tes infidélités.

2 Anne-Marie d'Urre d'Aiguebonne, veuve de François de Rostaing, comte de Buri, qui étaitfrère de madame de Lavardin.