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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES 1)E MADAME DE SÉViG.

que je devrais donc lui faire vendre sa charge pour vaquer à celle de monintendant. Je suis persuadée que mon (ils reviendra lorsque jy penserai lemoins, et quau bout de huit jours il ny paraîtra plus. Les daines de madamela Dauphine et sa maison partent jeudi 25 pour Schélestadt. Le chevalier aété à la noce; il ne tiendra quà lui de vous faire de beaux récits. Adieu, matrès-belle et très-aimable; jembrasse vos enfants et les miens, et ceux doM, de Grignan.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 26 janvier 1680.

Je veux commencer par votre santé; cest ce qui me tient uniquement aucœur. Cest sans préjudice de cette continuelle pensée que je vois, que jen-tends et que je prends intérêt à toutes les choses de ce monde : elles sont plusproches ou plus loin de moi, selon quelles ont plus ou moins de rapport àvous ; vous me donnez même lattention que jai aux nouvelles. Je vous trouvebien dorlotée, bien mitonnée, ma chère enfant, vous nêtes point dans le tour-billon, je suis en repos pour votre repos; mais je ny suis pas pour cette cha-leur et cette pesanteur, et cette douleur sans bise, sans fatigue. Je voudraisbien un peu plus déclaircissement sur un point si important : tant de soinsquon a de vous ne sont pas sans raison, ni par pure précaution. Je souhaiteque vous soyez changée sur lécriture, et que ce soit sincèrement que vous nevouliez plus vous tuer avec votre écritoire ; confîrmez-moi cette bonne opinionde vous, et en nul cas ne mécrivez de grandes lettres ; vous men écrivez assez,et trop. Montgobert sacquitte très-bien du reste, et, comme je vous ai'dit, ellepeut même vous soulager de dicter. Je voudrais quelle mêlât un mot du siensur le sujet de votre santé.

Jai reçu enfin une lettre de mon fils : il est à Nantes; il na été que vingtjours à son voyage; il na fait que quatre-vingt-dix lieues de Bretagne, aumois de janvier, pour solenniser la fête des Rois, sans aucun amour. Je luimande quil se garde bien de dire cela à dautres, et que, pour ne pas se dé-crier, il faut quil laisse entendre une passion vraie ou fausse; sans cela ilparoîtra plus Breton que tous les Bretons. Je le prie aussi de ne point demeurerà Nantes pour nos affaires ; elles ne sont plus vraisemblables, et je serais fortfâchée que lon me crût assez sotte ou assez avare pour préférer des affaires derien à la nécessité de faire sa cour, dans une occasion comme celle-ci. 11 meparaît embarrassé ; mais enfin il reviendra assez tôt pour partir avec M. de