508
LETTRES 1)E MADAME DE SÉViG.NÉ
que je devrais donc lui faire vendre sa charge pour vaquer à celle de monintendant. Je suis persuadée que mon (ils reviendra lorsque j’y penserai lemoins, et qu’au bout de huit jours il n’y paraîtra plus. Les daines de madamela Dauphine et sa maison partent jeudi 25 pour Schélestadt. Le chevalier aété à la noce; il ne tiendra qu’à lui de vous faire de beaux récits. Adieu, matrès-belle et très-aimable; j’embrasse vos enfants et les miens, et ceux doM, de Grignan.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 26 janvier 1680.
Je veux commencer par votre santé; c’est ce qui me tient uniquement aucœur. C’est sans préjudice de cette continuelle pensée que je vois, que j’en-tends et que je prends intérêt à toutes les choses de ce monde : elles sont plusproches ou plus loin de moi, selon qu’elles ont plus ou moins de rapport àvous ; vous me donnez même l’attention que j’ai aux nouvelles. Je vous trouvebien dorlotée, bien mitonnée, ma chère enfant, vous n’êtes point dans le tour-billon, je suis en repos pour votre repos; mais je n’y suis pas pour cette cha-leur et cette pesanteur, et cette douleur sans bise, sans fatigue. Je voudraisbien un peu plus d’éclaircissement sur un point si important : tant de soinsqu’on a de vous ne sont pas sans raison, ni par pure précaution. Je souhaiteque vous soyez changée sur l’écriture, et que ce soit sincèrement que vous nevouliez plus vous tuer avec votre écritoire ; confîrmez-moi cette bonne opinionde vous, et en nul cas ne m’écrivez de grandes lettres ; vous m’en écrivez assez,et trop. Montgobert s’acquitte très-bien du reste, et, comme je vous ai'dit, ellepeut même vous soulager de dicter. Je voudrais qu’elle mêlât un mot du siensur le sujet de votre santé.
J’ai reçu enfin une lettre de mon fils : il est à Nantes; il n’a été que vingtjours à son voyage; il n’a fait que quatre-vingt-dix lieues de Bretagne, aumois de janvier, pour solenniser la fête des Rois, sans aucun amour. Je luimande qu’il se garde bien de dire cela à d’autres, et que, pour ne pas se dé-crier, il faut qu’il laisse entendre une passion vraie ou fausse; sans cela ilparoîtra plus Breton que tous les Bretons. Je le prie aussi de ne point demeurerà Nantes pour nos affaires ; elles ne sont plus vraisemblables, et je serais fortfâchée que l’on me crût assez sotte ou assez avare pour préférer des affaires derien à la nécessité de faire sa cour, dans une occasion comme celle-ci. 11 meparaît embarrassé ; mais enfin il reviendra assez tôt pour partir avec M. de