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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÊV1GNÉ

ment à la tentation de vous entendre discourir dans vos lettres, ce serait une belle chose : je mamuserais au plaisir de vous entendre conter le combat dupetit garçon, que vous réduisez en quatre lignes le plus plaisamment du monde.Vous dites que vous nêtes pas forte sur la narration, et je vous dis, moi, quonne peut mieux abréger un récit. Je comprends que vous vous soyez divertie dece petit garçon, qui croit sêtre battu à la rigueur. La sagesse du petit marquisme plaît. Vous me représentez fort bien les divers sentiments de mesdemoi-selles de Grignan, javois envie de les savoir. Ce que vous dites de Pauline estincomparable, aussi bien que lusage que vous faites de votre délicatesse pouréviter les plaisirs du carnaval. Je noublierai jamais la hâte que vous avez devous divertir vitcmcnt, avalant les jours gras comme une médecine, pour voustrouver promptement dans le repos du carême. Vos personnes qualifiées aupluriel et au singulier vous soulagent beaucoup, et font très-bien leurs per-sonnages. Il ne faut pas douter que de vous entendre expliquer tout cela nesoit fort délicieux; mais cependant, ma fille, je chasse cette tentation par lapensée que rien ne vous est plus mauvais que décrire, et que vous retomberezdans un moment à la douleur dont vous sortez, qui est tout ce que nous avonsau monde à éviter. Je vous conjure donc, ma fille, de ne plus vous jouer àmécrire autant que la dernière fois, si vous ne voulez pas que je réduise meslettres à une demi-page; car je vous jure, ma chère enfant, que ce soit unevengeance ou non, jen userai ainsi pour vous faire voir que vous me forcezà rompre tout commerce : voyez si vous voulez me faire taire dans un temps il y a tant à parler. Jembrasse M. de Grignan, puisque enfin, avec tant depeine et tant dadresse, vous lavez obligé à me pardonner; et je le prie, enfaveur de cette réconciliation, de prendre soin daccourcir les lignes que jeveux de vous. Il me paroît que vous lavez trompé, et Montgobert aussi, dansla quantité de celles que vous mavez écrites; je vous demande tendrementde ny plus retourner.

Vos raisonnements sur madame de Saint-Géran sont bien à propos; il y atrois semaines que madame de Buri est établie dans la place vous croyiezmadame de Saint-Géran. Madame la Dauphine naura point de dames ; vousconnoissez sa dame dhonneur et ses dames datour, voilà tout. Il y a huit joursquelles sont parties avec toute la maison pour Schélestadt. Les filles le sontaussi; elles sont de grande naissance, sans nulle beauté extraordinaire : Laval,les Biron, Tonnerre, Rambures et la bonne Montchevreuil 1 à leurs trousses,ün laisse la sixième place à quelque Allemande, si madame la Dauphine enveut amener. Le roi caresse et traite si tendrement madame la princesse

1 Gouvernante des tilles d'honneur de madame la Dauphine.