LETTllES DE MADAME DE SÉVIGNË
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dilles; mais voici ce qui est désagréable pour les prisonniers, c’est que lachambre ne travaillera de vingt jours, soit pour tâcher de se racquitter en fai-sant des informations nouvelles, soit en faisant venir de loin des gens accusés,comme par exemple cette Tolignac, qui a un décret, ainsi que la comtesse deSoissons. Enfin voilà vingt jours de repos, ou de désespoir; cependant la com-tesse de Soissons gagne pays, et fait fort bien : il n’est rien tel que de mettreson crime ou son innocence au grand air 1 . J’ai eu toutes les peines du mondeà découvrir que cette pauvre Bertillac est morte. Adieu, ma très-chère, je suistoute à vous, avec une tendresse et une sensibilité très-dignes de vous.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 9 février 1680.
Je vous trouve, ma chère belle, en plein carnaval : vous faites de petits sou-pers particuliers de dix-huit ou vingt femmes. Je connois cette vie et la grandedépense que vous faites à Aix; mais il me paraît qu’au milieu de votre bruitvous vous reposez fort bien. On dit quelquefois : « Je me veux réjouir pourmon argent; » mais vous dites, ce me semble : « Je me veux reposer pourmon argent; » reposez-vous donc, ayez au moins cela de bon. Je suis un peuétonnée que l’air du menuet ne vous donne pas la moindre tentation : quoi ! pasune seule agitation dans les jambes ! pas un petit mouvement dans les épaules !quoi, rien du tout! Cela n’est pas naturel. Je ne vous ai jamais vue immobiledans ces occasions; et, si je voulois tirer les conséquences ordinaires, je vouscroirois plus malade que vous ne dites.
Il y eut hier au soir une fête extrêmement enchantée à l’hôtel de Condé. Ma-dame la princesse de Conti nommoit une des filles 2 de M. le Duc avec le princede la Roche-sur-Yon. C’étoit d’abord le baptême, et puis la collation du bap-tême; mais quelle collation! et puis une comédie; mais quelle comédie! toutechamarrée des beaux endroits de la musique et des bons danseurs de l’Opéra.Un théâtre bâti par les fées, des enfoncements, des orangers tout chargés defleurs et de fruits, des festons, des perspectives, des pilastres : enfin toute cette
* La comtesse de Soissons offrit de revenir, pourvu qu'on ne la mit pas à la Bastille ni àVincennes : la condition fut rejetée. Elle finit par se retirer à Bruxelles, où elle mourut sur lafin de l'année 1708, « lorsque, dit Voltaire, le prince Eugène, son fils, la vengeait par tant devictoires, et triomphait de Louis XIV. »
s Mademoiselle de Clermont; elle était née le 17 juillet précédent.