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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

cela sest fort réveillé, et lon a trouvé que Sa Majesté ne pouvoit mieux faireque «1e jeter les yeux sur un si bon sujet. 11 ny en a encore que huit de nom-més' : Dangeau, dAntin, Clermont, Sainte-Maure, Matignon, Chiverni, FIo-rensac et Grignan. Cest une approbation générale pour ce dernier. Jen faismes compliments à M. de Grignan, à M. le coadjuteur et à vous. Mon fils partdemain : il a lu vos reproches ; peut-être que la beauté de la cour quil veutquitter, et il est si joliment placé, le fera changer davis. Nous avons déjàobtenu quil ne simpatientera pas, et quil attendra paisiblement quon levienne tenter par une plus grosse somme que celle quil a déboursée. Vousmavez fait sentir la joie de MM. de Grignan par celle que jai de vous savoirmieux : dès que vos maux ne sont pas continuels, jespère quen vous conser-vant, en prenant du lait, et en nécrivant point, vous me ferez retrouver matille et son aimable visage. Je suis ravie de la sincérité de Montgobert; si elleme disoit toujours des merveilles de votre santé, je ne la croirois jamais : elleménage fort bien tout cela, et ses vérités me font plaisir, tant il est natureldaimer à nêtre point trompée. Dieu vous conserve donc, ma très-chère, dansce bienheureux état, puisquil nous donne de si bonnes espérances.

Mais parlons un peu des Grignans, il y a longtemps que nous nen avonsrien dit. Il nest question que deux ; tout est plein de compliments dans cettemaison : à peine a-t-on fini lun quon recommence lautre. Je ne les ai pointrevus depuis que le chevalier est dame du palais, comme dit M. de la Roche-foucauld. Il vous mandera toutes les nouvelles mieux que je ne puis faire. Onne croit pas que madame de Souhise soit du voyage : cela est un peu long.

Je ne vous parlerai que de la Voisin : ce ne fut point mercredi, comme jevous lavois mandé, quelle fut brûlée, ce ne fut quhier. Elle savoit sou arrêtdès lundi, chose extraordinaire. Le soir elle dit à ses gardes : « Quoi ! nous neferons point medianoche ! » Elle mangea avec eux à minuit par fantaisie, car ilnétoit point jour maigre ; elle but beaucoup de vin, elle chanta vingt chansonsà boire. Le mardi elle eut la question ordinaire, extraordinaire ; elle avoit dînéet dormi huit heures; elle fut confrontée sur le matelas à mesdames de Dreuxet le Féron, et à plusieurs autres : on ne parle point encore de ce quelle a dit ;on croit toujours quon verra des choses étranges. Elle soupa le soir, et recom-mença, toute brisée quelle étoit, à faire la débauche avec scandale : on lui enfit honte, et on lui dit quelle feroit bien mieux de penser à Dieu et de chanterun Ave maris Stella, ou un Salve, que toutes ces chansons; elle chanta lunet lautre en ridicule, elle dormit ensuite. Le mercredi se passa de même enconfrontations, et débauches, et chansons : elle ne voulut point voir de con-

1 Le nombre en fut réduit à six : MM. do Dangeiui, dAuliu, de Sainte-Maure, de Chiverni,de Florensac et de Grignan.