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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIT,NÉ

jignore comment vous vous portez; je crains votre voyage, je crains Salon,je crains Grignan, je crains, en un mot, tout ce qui peut nuire à votre santé ;par cette raison, je vous conjure de mécrire bien moins quà lordinaire.

A LA MÊME

A Paris, mercredi 5 avril 1080.

Ma chère enfant, le pauvre M. Fouquet est mort; jen suis touchée 1 : je naijamais vu perdre tant damis. Cela donne de la tristesse de voir tant de mortsautour de soi ; mais ce qui nest pas autour de moi, et ce qui me perce le cœur,cest la crainte que me donne le retour de toutes vos incommodités ; car, quoi-que vous vouliez me le cacher, je sens vos brasiers, votre pesanteur, votrepoint. Enfin, cet intervalle si doux est passé, et ce nétoit pas une guérison.Vous dites vous-même quune flamme mal éteinte est facile à rallumer. Cesremèdes que vous mettez dans votre cassette, comme très-sûrs dans le besoin,devroientbien être employés présentement. M. de Grignan naura-t-il point depouvoir dans cette occasion? et nest-il point en peine de létat vous êtes?Jai vu le petit Beaumont ; vous pouvez penser si je lai questionné! Quand jesongeois quil ny avoit que huit jours quil vous avoit vue, il meparoissoit unhomme tout autrement .estimable que les autres. Il dit que vous nétiez passi bien quand il est parti que vous étiez cet hiver. Il ma parlé de vos soupers,quil trouvoit très-bons; de vos divertissements, de lhonnêteté de M. de Gri-gnan et de la vôtre, du bon effet que mesdemoiselles de Grignan faisoient poursoutenir les plaisirs, pendant que vous reposiez. Il dit des merveilles dePauline et du petit marquis. Jamais je neusse fini la conversation la première ;mais il vouloit aller à Saint-Germain, car il ma vue avant le roi son maître.Son grand-père a eu la charge 2 qua eue le maréchal de Bellefonds. Il étoittrès-intime ami de mon père, et, au lieu de chercher des parents, comme on acoutume de faire, mon père le prit sans autre mystère, pour nommer sa fille,de sorte que cétoit mon parrain. Jai extrêmement connu cette famille : jetrouve le petit-fils fort joli, mais fort joli. Vous avez bien fait de ne lui point

1 Gourville assure, dans ses Mémoires, quil sortit de prison avant sa mort, et Voltaire le te-nait de sa belle-fille, madame de Vaux. Mais madame de Sévigné le croyait mort à Pignerol,ainsique tout le public. Ce quen dit mademoiselle de Montpensier confirme lopinion générale.

2 De premier maître dhôtel du roi.