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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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même des dérangements si considérables, que ce château, que nous trou-vions déjà si beau, ne sera pas reconnoissable. Voilà un commencementlune qui pourra nous ramener du beau temps, et me faire partir : je nesais point encore le jour. Je ne puis vous dire la douleur que me donne cesecond adieu : il me semble que je suis folle de méloigner encore de vous,et de mettre une distance de cent lieues par-dessus celle qui y est déjà. Jebais bien les affaires; je trouve quelles nous gourmandent beaucoup, etnous font aller et venir, et tourner à leur fantaisie. Je serai si affligée enpartant, quil ne tiendra quà ceux qui me verront monter en carrosse decroire que je les regrette beaucoup, car il me sera impossible de retenir meslarmes; cependant il faut sen aller pour revenir.

Mademoiselle de Méri est dans votre petite chambre ; le bruit de cette portequi souvre et qui se ferme, etla circonstance de ne vous y puint trouver, montfait un mal que je ne puis vous dire. Tous mes gens font de leur mieux auprèsdelle; et, si je voulois me vanter, je vous montrerois bien un billetquelle mé-crivit lautre jour, tout plein de remercîinents des secours que je lui donne;mais je suis modeste, je me contenterai de le mettre dans mes archives Jai vumadame de Vins ; elle est abîmée dans ses procès. Nous causâmes pourtantbeaucoup, nous admirâmes cet étrange mélange des biens etdes maux, et lim-possibilité dêtre tout à fait heureuse. Vous savez tout ce que la fortune a soufflésur la duchesse de Fontanges ; voici ce quelle lui garde : une perte de sangsi considérable, quelle est encore à Maubuisson dans son lit avec la fièvre quisy est mêlée; elle commence même à enfler; son beau visage estun peu bouffi. Leprieur de Cabrières ne la quitte pas ; sil fait cette cure, il ne sera pas mal àla cour. Voyez si létat elle se trouve nest pas précisément contraire au bon-heur dune telle beauté. Voilà de quoi méditer, mais en voici.un autre sujet.

Madame de Dreux sortit hier de prison 1 ; elle fut admonestée , qui est unetrès-légère peine, avec cinq cents livres daumône. Cette pauvre femme a été unan dans une chambre le jour ne venoit que dun très-petit trou den haut,sansnouvelles, sans consolation. Sa mère, qui laimoit très-passionnément, quiétoit encore assez jeune et bien faite, et quelle aimoit aussi, mourut, il y a deuxmois, de la douleur de voir sa fille en cet état. Madame de Dreux, à qui on nelavoit point dit, fut reçue hier à bras ouverts de son mari et de toute sa famille,qui lallèrent prendre à cette chambre de lArsenal. La première parole quelledit, ce fut: « Et est ma mère? etd vient quelle nest pas ici? » M. de Dreuxlui dit quelle lattendoit chez elle. Elle ne put sentir la joie de sa liberté, et de-mandoit toujours ce quavoit sa mère, et quil falloit quelle fût bien malade,

Impliquée dans laffaire des poisons.