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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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traîne notre ami. Il a quitté ici tous ses anciens amis ; il est vrai qu’il s’éloigneaussi de ses enfants, mais nous devons emporter la balance. Le pont Rouge 1 acommencé à nous venger : il est parti pour Saint-Cloud, et n’a point soutenula fureur des débâclements qui l’ont ravagé. Jamais il ne s’est vu un hiver siterrible ; votre beau pays n’en a pas été exempt, et, si M. le cardinal de Bonzi atrouvé des hommes morts sur le chemin de Montpellier à Lyon, les courtisans enont trouvé plusieurs sur le chemin de Versailles; et nous autres bourgeois, nousn’avons pu empêcher qu’il n’y en ait eu la nuit dans les rues, glacés et morts,et plusieurs pauvres et de petits enfants : c’est ainsi qu’il plaît à la Providence defaire sentir sa main de temps en temps. Il faut, je crois, monsieur, parcourirun peu l’hôtel de Carnavalet, et vous faire les amitiés de tous les appartements.

Ma tille se porte bien; elle ne sait encore si elle ira en Provence, ou si unprocès qu’elle a la tiendra ici.

La destinée demademoiselled’Aleracparoît encore incertaine; nous croyonspourtant que le nom de Polignac est écrit au ciel avec le sien. Si mademoi-selle de Grignan vouloit, elle nous en diroit bien la vérité; car elle a dansce pays céleste un commerce perpétuel.

Le petit marquis est un petit mérite naissant, qui ne se dément point; lebon abbé est toujours le bien bon; les autres Grignans sont toujours dignesde votre estime. Je me suis embarquée insensiblement à cette longue kyrielle.Adieu, monsieur : il ne faut pas abuser de vous. Je vous conjure de faire mescompliments à madame votre femme; je n’oublierai jamais tout ce qu’elleme conta un jour ici dans la pureté de son langage, et la vivacité de votreclimat, et la réponse qu’elle fit à Versailles.

Il me semble que je vois dans mon almanach que j’irai en Bretagne, maisce ne sera pas sans vous dire adieu encore plus de deux fois.

AU MÊME

A l’aris, ce 1 er juin 10S4,

je ne suis point en Bretagne, monsieur; je suis encore à Paris, et j’y seraiBnaorequelque temps. Je m’amuse à regarder le dénoûment de plusieurs affairesqui décident du départ de ma fille. Si elle s’en va, je la suivrai de près, c’est-à-

1 C’était un pont de bdîs qui communiquait des Tuileries au faubourg Saint-Germain ; ayantété emporté par la débâcle en 168 4, il fut remplacé par 1 c pont Royal.