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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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de tout mon cœur; je vous demande une amitié toute des meilleures pourM. de Pellisson : vous me répondrez de scs sentiments. Je porte à mon fds vosConversations l , je veux quil en soit charmé, après en avoir été charmée.

A MADAME DK GRIGAAN/

A Étampes, ce mercredi 13 septembre 1684.

Vous croyez bien, ma chère belle, que, malgré tous vos excellents conseils,je me suis trouvée, en vous quittant, au milieu de mille épées, dont on se blesse,quelque soin quon prenne de les éviter. Je nosois penser, jenosois pronon-cer une parole; je trouvois partout une sensibilité si vive, que mon étatnétoitpas soutenable. Jai vécu de régime, selon vos avis : enfin, je fais tout dumieux que je puis ; je me porte très-bien, jai dormi, jai mangé, jai vaqué aubien bon, et me voilà. Jai fait répéter les raisons de mon voyage, je les aitrouvées si fortes, que jai reconnu ce qui avoit formé ma résolution ; mais, commela douleur de vous quitter me les avoit un peu effacées, jai besoin encorequelles me servent pour soutenir votre absence avec tranquillité ; je nen suispoint encore, je suis agitée de lenvie de vous retrouver : noubliez pas ceque vous mavez dit-dessus.

Je suis ravie de songer que vous êtes à Versailles. Je crois que la diversité desobjets vous aura soutenue, mieux que nont fait à mon égard ceux de ChartresctdÉtampes. Jespère que votre voyage sera heureux; comment pourroit-onvous refuser? Je vous recommande votre santé : cest une grande consolationpour moi que de songer à ces bonnes petites joues que je vous ai laissées ; con-servez-les-moi. En vérité, je nose appuyer sur rien, tout me fait mal ; cestune plaisante chose à une substance qui pense, que de noser penser. Je remer-cie les beaux yeux de mademoiselle dAlerac 2 des larmes quils ont répanduespour moi; mais, mon Dieu ! quels remercîmenls naurois-je point aussi à vousfaire de tant de tendresse, de tant de douleurl Ah! il faut passer cela bien vite.Croyez, en un mot, que mon cœur est à vous, que tout vous y cède et vous ylaisse régner souverainement.

1 Ouvrage de mademoiselle de Scudéri.

- La seconde des demoiselles de Grignan du premier lit.