LETTRES DE MAD\ME DE SÊVIGNÉ
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vu la princesse, qui parle de vous, qui comprend ma douleur, qui vous aime,qui m’aime, et qui prend tous les jours douze tasses de thé ; elle le fait infusercomme nous, et remet encore dans la tasse plus de la moitié d’eau bouillante :elle pensa me faire vomir. Cela, dit-elle, la guérit de tous ses maux. Ellem’assura que le landgrave 1 en prenoit quarante tasses tous les matins. —Mais, madame, ce n’est peut-être que trente? — Non, c’est quarante ; ilétoitmourant, cela le ressuscite à vue d’œil. — Enfin, il faut avaler tout cela. Jelui dis que je me réjouissois de la santé de l’Europe, la voyant sans deuil ;elle me répondit qu’elle se portoit bien, comme je pouvois le voir par son ha-bit ; mais qu’elle craignoit d’être bientôt obligée de prendre le deuil pour sasœur l’électrice 2 ; enfin je sais parfaitement les affaires d’Allemagne : elle estbonne et très-aimable parmi tout cela.
Voilà une lettre pour M. de Pomponne. Ma bonne, que je suis aise qu’il aitcette abbaye! que cela est donné agréablement, lorsqu’il est en Normandie,ne songeant à rien! Non tiVinvulio, no, ma piango il mio, c’est-à-dire, machère bonne : N’y aura-t-il que vous qui n’obtiendrez rien? Croyez-vous, mabonne, que vos affaires ne tiennent pas une grande place dans mon cœur?Je crois que j’y médite plus tristement que vous ; mais, ma chère bonne,profitez de votre courage, qui vous fait tout soutenir, et continuez de m’ai-mer, si vous voulez rendre ma vie heureuse ; car les peines que me donnecette amitié sont douces, tout amères qu’elles sont.
À LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 8 octobre l(S8i.
Ceci vous ennuie un peu, ma très-chère; mais je vous dirai : Est-ce que jeparle à toi ? Quand ce ne seroit que pour moi, conservez-vous : je n’ai pointla force de soutenir votre absence et votre mauvaise santé. Je suis assurée quevous n’aurez plus de bonnes joues à me présenter ; rien ne change tant queces sortes de maux douloureux et deux bonnes saignées : je ne puis vous par-ler d’autre chose. J’ai bien envie de savoir de vos nouvelles ; mais, siM. le che-valier n’est votre secrétaire d’ici à quelque temps, je ne vous écrirai plus.
1 Charles, landgrave de Ilesse-Cassel,. son neveu.
2 Charlotte de Hesse-Cassel, femme de Charles-Louis de Bavière, comte palatin du Rhin,électeur de l’Empire.