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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGXÉ

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plus de gras de jambe qui me tire; enfin, ma fille, tout ce qui étoil dans monimagination et dans mes espérances est devenu vrai ; mais je pense que jaiprofané toutes ces mêmes paroles pour désillusions; jenvsaurais que faire.Voilà ce que je dois vous dire présentement ; il ny a plus de paroles nouvelles :a fmetibus. Cette Charlotte me fait marcher, et me dit : « Madame, vous pou-vez aller mercredi coucher godinement 1 àFougères, le lendemain à Dol: il nya que six lieues; vous verrez madame dcChaulnes, cela vous divertira; vousavez besoin de vous réjouir un peu, et de quitter votre chambre, vous mavezaccordé huit jours de résidence. » Voilà jen suis : elle môte mes roses, quimont fait tout le bien quon leur demandoit, elle me donne une légère petiteespèce de pommade qui dessèche, elle me prie de bander ma jambe sans con-trainte dici à quelquesjours, et de me ménager un peu ; elle massure quaveccette conduite je vous rapporterai une jambe à la Se'vigné r , que vous aimerezdautant plus que, lune et lautre étant moins grasses, elles visent à laperfec-tion : en tout cas, jai ma Charlotte h une lieue dici : en voilà trop, ma chèreenfant. Une de mes joies en retournant à Paris, ce sera de ne plus parler de moini daucun de mes maux. Jétois dans la même envie quand jy retournai aprèsmon rhumatisme ; mais, sil y a de lexcès à limmensité de cet article, il estfondé sur lexcès de votre bonne et tendre amitié, qui ne sera point en-nuyée de ces détails : je vous connois ; car avec les autres, qui nont pointde ces fonds adorables, je sais couper court, et je nai pas oublié comme ilfaut parler sobrement de soi, et presque à son corps défendant.

Or sus, verbalisons : voilà donc le bonhomme Polignac 2 arrivé. Pour moi,je jette de loin ces paroles en lair ; puisque mademoiselle de Grignan ba-lance, mademoiselle dAlcrac peut-elle balancer? ,1e passe ensuite à rejetertout le mal que vous dites de votre esprit et de votre corps ; ni lun ni lau-tre ne sauroient être épais comme vous les représentez ; je les ai vus tropsubtils, trop diaphanes, pour pouvoir jamais être fâchée de les voir dans letrain commun des esprits et des corps. Mais que dis-je, commun ? ô plumeétourdie et téméraire! cest vous quil faudrait écraser, plutôt que celle quele coadjuteur outragea si injustement à Livry. Jamais le mot de commun nesera fait pour vous; rien de commun, ni dans lâme ni dans le corps. Je re-prends donc ce mot pour lemployer à tout le reste du monde, qui nenmérite point dautre; je fais pourtant des exceptions, mais.guère.

Javoue mafoiblesse : jai lu avec plaisir lhistoire de notre vieille chevalerie.Si Bussy avoit un peu moins parlé de lui et de son héroïne de fille ( madame de

* Mot du pays, qui signifie gaiement.

- Louis-Armand, vicomte de Polignac.