LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ
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L’abbé Têtu vous l'ait toutes sortes de compliments. Madame de Coulan-ges veut écrire à M. de Grignan; elle étoit hier trop jolie avec le pèreGaillard : elle ne vouloit (pie M. de Grignan ; c’étoit son cordon bleu :c’est comme lui qu’elle les veut ; tout lui étoit indifférent, pourvu que leroi, disoit-elle, vous eût rendu cette justice. Le chevalier en rioit de boncœur, entendant à travers cette approbation l’improbation de quelques autres'.
A LA il K ML
A l’aiis, lundi 6 décembre 1G88.
Votre dernière lettre a un air de gaieté et d’épanouissement de cœur qui melaitbienconnoître que Frankendal est pris, et qu’il est ensùreté, c’est à-dire lemarquis. Jouissez, ma chère enfant, de ce plaisir : votre fils couche ce soir àClaie; vous voyez bien qu’il passera par Livry, et soupera demain avec nous.Le chevalier, qui en vérité est un homme admirable en toutes choses, est re-venu de Versailles. Il a remercié le roi ; tout cela s’est passé à merveille. Vousprendrez votre cordon bleu le 2 de janvier, au beau milieu de la Provence, oùvous commandez et où il n’y a que vous et Al. d’Arles, votre oncle. Cette distinc-tion et ce souvenir de Sa Majesté, lorsque vous y pensez le moins, sont infi-niment agréables; les compliments même qu’on vous en fait de tous côtés nesontpoint comme on en fait à d’autres ; on a beau dire : Ah ! celui-ci ; ah! celui-là 2 ; je dis à moi-même là-dessus ce que je dis souvent sur beaucoup d’autreschoses : Cequi est bon est bon. Vous ne perdez rien ; et, quand on songe à ceuxqui sont au désespoir, on se trouve fort heureux d’avoir été dans le souvenird’un maître qui considère les services qu’on lui rend et qu’on lui veut rendre,et par soi, et par ses enfants. Je vous avoue que je sens fort cettejoie, sans enfaire semblant. Le chevalier a envie de l’envoyer dire ce soir à Claie à notremarquis, qui n’v sera pas insensible. Il veut aussi vous envoyer votre cordonbleu avec deux Saint-Esprit, parce que le temps presse. Il croit que vous avez
1 Madame de Maintenon avait fait comprendre dans cette promotion son frère, M. d’Auhigné,et ses amis MM de Montchevreuil et de YiUarccanv.
- k En disputant avec le comte de Choiscul sur la promotion des chevaliers de l’ordre duSaint-Esprit : « Taisez-vous, lui disait madame Cornuol, ou je nommerai vos camarades. »Elle disait encore, au sujet de cette promotion, qu’elle no savait pas pourquoi on voulait quele roi n’aimàt pas Paris, vu la quantité de bourgeois qu’il avait faits chevaliers de l'ordre.(Paroles mémorables recueillies par le P. Rrolier, p. 8ù.)