Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

G 25

point en Bretagne? » Je tous répondrai : « Ma fille, nous irons ; mais, commeM. de Chaulnes 11 e sera que le 9 du mois prochain à Rennes, nous avons dutemps, et nous ne partirons dici que dans deux jours. » Ce retardement neme fait point de mal; je prends dici mes mesures pour aller à Nantes aumois de juin ou de juillet. Je nespère aucune véritable joie dans tout cetemps, puisque je ne vous verrai point. Ainsi je vis au jour la journée, at-tendant et regardant du coin de lœil un autre temps, dont Dieu est le maître,comme de toutes les autres choses de ce monde. Mais je pense fort souventà votre santé, à votre tête, à cet air impétueux qui vous mange : vous admirezla bonté des murailles de votre château, et moi, jadmire la vôtre de vouloirbien vous exposer à cette violence.

Adieu, ma très-chère; madame de Chaulnes et madame de Kerman vous fontmille compliments. Nous lisons; jai la VieduduccTÊpernon 1 , qui tient pres-que un siècle; elle est fort amusante. Je vous aime, je vous embrasse; il nemest pas possible de vous dire avec quelle tendresse et avec quelle sensibilité.

A LA MÊME

À Pecquigny, samedi 50 avril 1689.

Si jen crois le vent, ma chère fille, je suisàGrignan : la bise en campagneny saurait mieux faire; pour moi, je crois que nous allons entrer dans lesrigueurs du mois de mai que nous avons vues si souvent à Livry. Il y a troisj ours que nous sommes dans cette belle maison, la vue est agréable au der-nier point; nous en partons dans une heure pour aller à Rouen, nous arri-verons demain, et jv trouverai vos lettres. Cest une grande tristesse pour moide nen avoir point reçu depuis six jours; cest tellement la subsistance néces-saire de mon cœur et de mon esprit, que je languis quand elle me manque.Nous serions à Rouen il y a trois jours, si des affaires survenues à madame deChaulnes etune envie de narriver que le 9 de mai à Rennes, parce que M. deChaulnes ny arrive que ce jour- de Nantes, ne leussent fait demeurer ici.

Pour moi, je membarrasse peu dêtre un mois en chemin : le seul déran-gement de vos lettres me donne du chagrin; jai passé dix jours à Chaulnesfort doucement, ayant vos lettres trois fois la semaine. J'ai été à Amiens, jaivu le château de Pccquigny; jécris en Bretagne, jy donne mes ordres : je ne

' Par Guillaume Girard, archidiacre dAngeiiltn.e,qui avait été secrétaire du duc dÉpemon

79