LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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lemps passe, eu sa manière, aussi vite que dans votre brillant château. Je plainsceux qui n’aiment point à lire : votre enfant est de ce nombre jusqu’ici ; maisj’espère, comme vous, que quand il verra ce que c’est que l’ignorance à unhomme de guerre, qui a tant à lire des grandes actions des autres, il voudra leseonnoître, et ne laissera pas cet endroit imparfait. La lecture apprend aussi, ceme semble, à écrire : je connois des officiers généraux dont le style est popu-laire : c’est pourtant une jolie chose que de savoir écrire ce que l’on pense ;mais c’est quelquefois aussi que ces gens-là écrivent comme ils pensent etcomme ils parlent : tout est complet. Je crois que le marquis écrira bien. Il ya longtemps que je veux qu’il aille vous voir au mois de novembre ; et, commeil aura dix-huit ans, il faudrait tout d’un train songer aie marier. Mais ne vousamusez point à mademoiselle d’Or ... 1 ; c’est un lanternier que son père, dont lestyle et la mauvaise volonté me mettent en colère.
Il me semble que l’air et la vie de Grignan devroient redonner la santé àM. le chevalier : il est entouré de la meilleure compagnie qu’il puisse souhaiter,sans être interrompu de ces cruelles visites, de ces paquets de chenilles , quilui donnoient la goutte ; point de froid, une bise qui prend le nom d 'air natalpour ne point l’effrayer ; enfin, je ne comprends pas l’opiniâtreté et la noirceurde ses vapeurs, de tenir contre tant de bonnes choses ; cependant il n’est quetrop vrai qu’il en est tourmenté. Je suis ravie que Pauline lui plaise : je suisbien assurée qu’elle rpe plaira aussi. Il y a de l’assaisonnement dans son visageet dans ses jolis yeux : ah ! ah ! qu’ils sont jolis ! je les vois. Et son humeur?Je parie quelle est corrigée ; il a suffi pour cela de votre douceur pour elle, etde l’envie qu’elle a de vous plaire ; mais de prétendre que cette enfant fût par-faite au sortir d’Aubenas, cela faisoit rire. Je l’embrasse tendrement.
A LA. MÊME
A Rennes, dimanche 24 juillet 1089.
On nous disoit ici que le pape étoit mort, et que M. de Lavardin ne faisoitque changer de chemise, et s’en retournoit ; mais l’abbé Bigorre ne souffre pascette nouvelle de travers : il assure qu’il n’est point mort. Ce bienheureuxeomtat est une douceur et une grâce de la Providence sur vous, qui me jettedans la reconnoissance pour elle. Vous en faites un fort bon usage ; mais enfin
1 C’est de mademoiselle il'Oraison qu’il s'agit ici.