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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SËViGA'É

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Vannes, voir le premier président (M. delà Faluère) ; il vous fait des civilitésdepuis que vous êtes dans la province : cest une espèce de devoir à une femmede qualité. » Je nentendis point cela; je lui dis: «Monsieur, je meurs denviede men aller à mes Rochers, dans un repos dont on a besoin quand on sortdici, et que vous seul pouviez me faire quitter. » Cela demeure. Le lendemain,madame de Chaulnes me dit tout bas à table : « Ma chère gouvernante, vousdevriez venir avec nous ; if ny a quune couchée dici à Vannes : on a quelque-fois besoin de ce parlement. Nous irons ensuite à Auray, qui nest quà troislieues de. Nous ny serons point accablées : nous reviendrons dans quinzejours. » Je lui répondis encore un peu trop simplement : « Madame, vous na-vez pas besoin de moi ; cest une bonté : je ne vois rien qui moblige à ména-ger ces messieurs ; je men vais dans ma solitude, dont jai un véritable be-soin. » Madame de Chaulnes se retire assez froidement.

Tout dun coup mon imagination fait un tour, et je songe : quest-ce queje refuse à des gens à qui je dois mille amitiés et mille complaisances? Je mesers de leur carrosse et deux quand cela mest commode, et je leur refuse unpetit voyage peut-être ils seroient bien aises de mavoir! Ils pourroientchoisir, ils me demandent cette complaisance avec timidité, avec honnêteté ;et moi, avec beaucoup de santé, sans aucune bonne raison, je les refuse; etcest dans le temps que nous voulons la députation pour mon fils, dontapparemment M. de Chaulnes sera le maître cette année!

Tout cela passa vite dans ma tête ; je vis que je ne faisois pas bien. Je merapproche, je lui dis : « Madame, je nai pensé dabord quà moi, et jétois peutouchée daller voir M. de la Faluère ; mais seroit-il possible que vous le sou-haitassiez pour vous, et que cela vous fît le moindre plaisir? » Elle rougit, et medit avec un air de vérité : « Ah! vous pouvez penser. Cest assez, madame,il ne men faut pas davantage : je vous assure que jirai avec vous. » Elle melaissa voir une joie très-sensible, et membrassa, et sortit de table, et dit àM. de Chaulnes : « Elle vient avec nous. Elle mavoit refusé, dit M. deChaulnes ; mais jai espéré quelle ne vous refuseroit pas. »

Enfin, ma fille, je pars, et je suis persuadée que je fais bien, et selon lareconnoissance que je leur dois de leur continuelle amitié, et selon la politique,et que vous me lauriez conseillé vous-même. Mon fils en est ravi, et menremercie : le voilà qui entre.