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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ

raison ne prierait point la vôtre, avec la permission de notre amitié, de melaisser achever cet hiver certains petits payements qui feront le repos de mavie. Je nai pu mempêcher de vous conter cette bagatelle, espérant quellenarrivera point mal à propos, et que M. le chevalier se portera aussi bien queje le souhaite.

Vous métonnez de me dire que M. de Chaulnes vous a paru tel que vousme le dépeignez. Je vous assure que pendant notre voyage il étoit daussibonne compagnie quil est possible : je ne sais si cétait votre génie qui luidonnoit de la vivacité, mais vous leussiez trouvé assurément comme je vousle dis : je ne le connois plus au portrait que vous men faites. Mon fils sirna-ginoit que cette ricaneuse 1 lavoit prié de ne point parler pour lui, mais ilvoit bien quil s'étoit trompé.

Jai été surprise de votre songe : vous le croyez un mensonge, parce quevous avez vu quil n'y avoit pas un seul arbre devant cette porte : cela vousfait rire ; il ny a rien de si vrai : mon fils les fit tous, je dis tous, couper il ya deux ans. Il se pique de belle vue, tout comme vous lavez songé, et à telpoint, quil veut faire un mur dappui dans son parterre, et mettre le jeu depaume en boulingrin, ne laisser que le chemin, et faire encore un fossé etun petit mur. Il est vrai que, si cela s'exécute, ce sera une très agréablechose, et qui fera une beauté surprenante dans ce parterre, qui est tout faitsur le dessin de M. le Nôtre, et tout plein dorangers dans cette place Cou-langes. Vous devriez avoir vu cet avenir dans votre songe, puisque vous yavez vu le passé. Je garde vos lettres et votre songe à mon fils et à sa femme,qui seront ravis dy avoir vos aimables amitiés.

Je ne suis point du tout mal avec M. et madame de Pontchartrain 2 * * * ; je les aivus à Paris depuis que vous êtes partie. Je leur ai écrit à tous deux ; le mari madéjà répondu et à mon fils, très-agréablement. Je nai rien du tout de marquéà leur égard ; car ce nest pas un crime dêtre amie de nos gouverneurs. Jerends au double toutes les amités de mon cher comte ; je salue et honore lesage la Garde, je donne un baiser à Pauline, et mon cœur à ma chère bonne.Dieu guérisse M. le chevalier, et que cette lettre vous trouve tous en joie et ensanté! Dites-moila chambre du chevalier, afin que jy sois avec vous. LabbéEigorre me mande que M. de Niel tomba lautre jour dans la chambre du roi ;il se fit une contusion : Félix 8 le saigna et lui coupa lartère: il fallut lui faire

1 Madame du Bois de la Roche.

2 Louis Phélipeaux, comte de Pontchartrain, venait de succéder à M. le Pelletier, controleur

général des finances, qui avait demandé la permission de se retirer.

" Charles-François-Félix de Tassv. Cest lui qui lit au roi, le 18 novembre 1680, lopération

de la fistule.